José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku et des tankas : SEPTEMBRE 2008

Haïku et tankas d'un mois de septembre




               
"Vivants... respectez
nos morts", demande rejetée
avec fracas


Quelques cricris tendres
chantent ce premier septembre
leur amour du ventre
le coeur n'est en l'occurrence
d'aucun secours ce me semble


La sonnerie, j'ouvre
la porte elle son peignoir
surperfétatoire


Bière bue je fais
mon rot comme un enfant sous
l'oeil de sa maman


L'araignée frileuse
s'est tricoté ce matin
de septembre un pull


A l'enterrement
de sa mère il y aurait
fallu des pleureuses


Le soleil annoncé
telle une musulmane
s'est voilé la face


Toujours attiré
par une vieille façade
aux lettres ternies
tel cet hôtel de la gare
qui a tu tant de secrets




               
Jules Dor lit-on
sur une pierre tombale
tout le temps d'attendre


Jules Dor lit-on
sur une pierre tombale
tout le temps d'attendre
même si l'instituteur
s'empare de son bic rouge


Des bruits de vaisselle
il fait beau, dînons dehors
deux papillons blancs
folâtrent dans la douceur
d'un après-midi d'été


Je sonne elle entrouvre
et la porte et son peignoir
superfétatoire
est-ce une ruse d'amour
me dis-je? elle me sourit


De dormir la nuit
mains jointes je m'interdis
car un jour viendra...
non, il ne faut pas mort feindre
de croire à ces choses-là


Suis un homme avec
une hérédité qu'il doit
tempérer, facile
me demanderez-vous? non
car les gènes me malmènent


Le corbeau croasse
une grenouille coasse
cet homme trépasse
car il est pris dans la nasse
quelque part à Montparnasse




               
Du lit me parviennent
tous ces bruits de véhicules
comme ceux perçus
de l'hôtel à Cracovie
à deux pas de la Vistule


Ce soir de septembre
malgré la récente pluie
chantent les cricris
l'horizon à l'ouest luit
avant d'accueillir la nuit


Peur des rats
qu'on libère dans la cave
et je ne bois plus de bières


Temps à demeurer
chez soi, j'observe les arbres
frémir sous le vent
doucement descend le soir
lors, il se met à pleuvoir


Ce chien
toujours sur les chemins
ne souffrirait-il pas d'Alzheimer?


La forme de mes
cinquante ans n'est plus de mise
aux îles marquises


La forme de mes
cinquante ans n'est plus de mise
aux îles marquises
je chante Brel, qu'on le dise
pour éviter une crise


Sous le noyer
quelques mouchettes zigzaguent
zagziguent pour varier




               
Un lundi matin
sous le soleil à Namur
parfois une feuille...


Chelm, petite ville
en Pologne que les Boches
un beau jour visitent
semant parmi les Sémites
l'épouvante, que c'est moche!


http://www.ynetnews.com/home/0,7340,L-4700,00.html
= les photos de l'album de Chelm


Ce qui me révulse?
la cruauté de tout temps
des humains, mes frères
selon l'Écriture sainte
qu'ils croupissent en enfer!




               
Parmi les photos
de la communauté juive
de Chelm m'interpelle
tout particulièrement
cet éplucheur amoureux

De temps à autre, une incroyable histoire arrive. C’est ainsi qu’il y a un mois, la veille du décès de sa mère, Pini Beeri reçoit un coup de téléphone d’un étranger qui veut le voir. Pini s’excuse, il est au chevet de sa mère mourante. Zvi Lander, l’auteur du coup de téléphone, arrive quelques jours plus tard, alors que Pini vient de perdre sa mère. Il lui remet un album de 178 photos de sa famille qui ont été retrouvées cachées dans le mur d’une maison en Pologne, 65 ans après l’extermination de presque toute la famille.

Pini et sa sœur Riki, qui n’avaient qu’une seule photo de leurs grands-parents, se retrouvent avec des images de leurs tantes, leurs oncles, des vues de Chelm (où vivait une des plus anciennes communauté juive de Pologne, arrivée au 12ème siècle) et de la blanchisserie familiale. Leur tante, une des deux sœurs seules survivantes, profondément bouleversée, a pu identifier une partie des visages si longtemps cachés.



Le niveau du lait
dans l'écuelle a baissé car
un chat est passé


Le niveau du lait dans
l'écuelle a baissé car
un chat se pourlèche


Voiture à l'arrêt
à l'orée du bois
ça tressaute à l'intérieur


L'élixir c'est de lire
dans les yeux de la bien-aimée
son plaisir


A l'enterrement
j'observe tous ces vivants
qui dans peu de temps...


Un garçon court sur
le chemin poursuivi par
personne, c'est mieux


L'un de mes tas de bûches
singe la tour de Pise
embûche




               
Les façades blanches
se mirent dans une Sambre
trop mûre à Namur
me murmurent des goujons
qui carburent au goudron


Quel est cet oiseau
au chant plaintif logeant dans
notre sapinière?
a-t-il perdu son épouse
ou une importante plume?


Il se dit fort en
dictée malgré toutes ses
fautes d'orthographe


Le 12 septembre
fête saint Apollinaire
lis-je ne savais
que l'auteur des onze mille
verges baignait dans l'encens


Un corbeau freux rentre
au logis le soir en croassant
émouvant


Je suis vraiment bien
en compagnie d'un bon vin
né au bord du Rhin
et de mon ange gardien
qui grisé chante un refrain


Le pommier libère
ses premières feuilles et
ce fruit par mégarde




               
Le porte-drapeau
d'une autre compagnie lui
aussi participe
au bonheur de ces soldats
rentrant vivants des combats


Notre saint clocher
signale qu'il est onze heures
en ce matin, ciel!
il a oublié la date
chose à mes yeux essentielle
car me sens perdu
comme une bergeronnette
prise par la chatte
je tire la chevillette
mais ne choit la bobinette

(Mardi 16 septembre 2008)


Manque d'assurance
en public car toujours seul
avec mes mots maux?


Le chaland s'en va
nonchalamment au gré du
vent... et d'un moteur


Je me sens perdu
comme une bergeronnette
prise par un chat
je tire la chevillette
mais ne choit la bobinette


Dans la rivière il plonge
durant de longues secondes
le cormoran


Ils seront encore
pour la plupart bien vivants
quand je serai cendre
ces étudiants qui devisent
à la sortie de l'école


Premiers bruits de l'aube
du coq, d'une automobile
justifiant son nom




               
Le chaland s'en va
nonchalamment au gré du
vent... et du moteur
dans la Sambre un cormoran
barbote plein de noirceur


Ce soir je vais
en compagnie de mon ombre
du même pas pressé


Quelques feuilles crissent
sous les pas lourds non du Christ
mais d'un triste sire
qu'un séjour au purgatoire
délivrera de ses fautes


Des bruits de marteau
dans la sapinière, c'est
le pic épeichette


Maman j'ai mal à l'uranus
ça s'appelle l'anus
mon chéri


La feuille choit muette
comme un moribond
qui se dit à quoi bon


La voix aigre vient
de la sapinière, c'est
le fameux pic-vert
qui rêve tête à l'envers
en récitant du Prévert


Deux feuilles décrochent
du vieux prunier suite
au passage de mésanges


Après un bain chaud
je me vois dans le miroir
image très floue
tel le visage d'un mort
que la tombe hélas estompe




               
Un évènement
et que je sois à jamais
damné si je mens
des feuilles d'arbres fruitiers
gisent dans la sapinière


Oui oui oui répète
l'oiseau dont je ne connais
le curriculum
ne pourrait-il pas ne fût-ce
qu'une fois curriculer?


Hier l'ambulance
aujourd'hui le corbillard
une âme envolée

(Lucien Mathot : 1923-2008)


La sapinière en
vieillissant accueille fleurs
et feuilles, image
de l'homme prenant de l'âge
plus enclin à être sage


Ce pré sous les feuilles
prouve que l'été n'a pu
convaincre l'automne


Gsm sans voix
preuve du manque d'envie
des correspondants
ces tankas m'isolent-ils
dans ma tour d'ivoire? voire


Dans le champ je compte
six hérons de Jean de La
Fontaine au long bec


Ce vingt-trois septembre
dans ma chambre me demande
comment une sandre
danse avec tendresse en Sambre
malgré les mots de Cassandre




               
Que de champignons
à l'instinct grégaire ou je
ne m'y connais guère


Les soirs de fête as-
tu remarqué que le noir
est plus noir dit en
aparté l'ange gardien
qui m'a été dévolu


Mon petit-fils sur
l'ordi m'écrit K29?
RAS lui dis-je


Monsieur R A S
écrivis-je pour varier
un brin, K29?
lol fut la réponse brève
du jeune homme peu disert


Tu veux ou tu veux
pas demande l'un de ces
papillons-là, brun


Dans le ciel les longs
cris d'une buse variable
dessinant des cercles
calculez leur diamètre
à partir de ces données


Dans le verger on
ne marche pas sur des feuilles
mortes mais des chips




               
Grammaire enfantine
il a
pleuvu ce matin
délicieuse faute
que l'école a corrigée
hélas à coups de traits rouges

(Toile de Pol Ledent)


Autre site de José Chanly : Photos et Poèmes

Autre lieu de délices : Les Très Riches Heures du duc de Chanly

Blog célébrant mes ancêtres : "Des Massuin aux Mazuin"

Retour à l'An 2008            Retour au Menu Principal