José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : SEPTEMBRE 2006

Haïku d'un mois de septembre




               
Site de Surice
un soir ensoleillé
cet homme s'en retourne



Des meules rondes
quelques arondes accomplissent
leur dernière ronde


Soir d'automne, un peintre
fait appel à ses plus belles
couleurs, signature
d'une grande humilité
lettres noires sur nuit d'encre


Des coups de klaxon
mariage célébré
divorcés en puissance


A René Braillard
l'ami sur le net mort tout
récemment, comment
vit-on au paradis dis?
n'est-ce pas un peu chiant?


Le cri d'un choucas
les deux miens me reviennent
en pensée seulement





               
Omezée
où vivent d'étranges anges
des jeunes filles ailées



Omezée
où vivent d'étranges anges
des jeunes filles zélées


Une limace
rouge menace dans le potager
granulés


Enfant hoquetant
enfant bien portant, vieillard
hoquetant vieillard
mourant si j'en crois le pape
Paul VI si j'en crois ma bulle


Ces vieux ça vit
au ralenti pour s'offrir
un arrêt moins brutal


Sur le prunier deux
feuilles proches se démarquent
de l'ensemble, jaunes





               
Un tas de sable jaune
sous une pancarte aux lettres blanches
Surice



Un nouveau jour nous
est offert par qui mon Dieu?
par la Loterie
qu'importe, savourons-le
comme s'il était le dernier


Un portrait de trois
quarts de la lune qui me
sourit gentiment
mais des nuages en chasse
à mes yeux soudain la cachent


Fleurs de haricot
délicieusement bleues
je vous mange des yeux


Ce soir de septembre
la feuille d'un prunier tombe
dans l'indifférence


Le corbeau freux puis
la tourterelle m'invitent
ce matin d'automne
à ouvrir l'oeil, mais lequel?
chers oiseaux, dites-le-moi


La jeune et jolie
femme confesse avec fièvre
ses plus chauds péchés
le prêtre ému lui murmure
ma fille, prions ensemble





               
Septembre à Namur
de jeunes gens devisent
à deux pas d'une église



Au cri d'un choucas
mon attention s'affine est-ce
l'un de nos chéris
revenu de Provence ou
d'ailleurs en manque de moi?


Dès que me parvient
un croassement j'appelle
tchac! en pure perte


Très grosse la lune
ce soir, qui a égaré
ma pompe à vélo?


Ces sapins coupés
rappellent des candélabres
me manque la foi
pour acheter les bougies
garantes de Pentecôte


Tel l'enfant prodigue
nous est revenu l'un des
choucas, affamé


Devant l'oiseau noir
croassant je récitai
la voix enrobée
de tendresse il était mort
et il nous est revenu


nous l'avions un soir perdu
mais ce matin retrouvé!




               
Annuellement la Sambre
recense un certain mercredi
des sandres



Dans un journal lire
son hommage posthume ouf!
j'ai un petit rhume


En verve la tourterelle
m'offre sa sempiternelle
ritournelle


Somnolent dans mon
lit je songeais à la vie
si courte si pleine
d'imprévus d'heures exquises
de moments de lassitude


En turc une tourterelle
m'offre sa sempiternelle
ritournelle


La page nécrologique
tous ces morts qui sourient
un peu trop vite





               
Le soleil se lève
au-dessus de la rivière
des feuilles en feu



Une belle journée
dans le grand sablier bleu
s'en est allée


Mon pauvre choucas
pas quatre mois et déjà
quelques cheveux gris


Un papillon sur
le pommier qu'est-ce que tu
veux que ça me fasse


Soir de septembre
des avions couvrent le bruit
d'une feuille qui tombe


Tourterelle qui
t'attaques à mon choucas
fais gaffe car si
tu te trouves dans ma ligne
de tir, attends-toi au paf

variante :



               
Tourterelle qui
t'attaques à mon choucas
fais gaffe car si
tu te trouves dans ma ligne
de tir, attends-toi au pire



Une tourterelle
plane, facile à tirer
me dit le choucas


Un scoop à Mettet
en septembre tombent si!
tant de feuilles jaunes

---

Bonne odeur des foins
odeur de l'enfance, viens
avec moi, Hortense
nous réciterons ensemble
les commandements de Dieu

en approfondissant si
tu veux le sixième, viens


Pureté observeras
en actes soigneusement

---


               
Choucas reparti
me voici tout démuni
l'épaule orpheline



Choucas reparti
me voici tout démuni
l'épaule orpheline
je réponds à tous les cris
des corvidés, suis cinglé


Ah où ça ce ah
à Aa village d'Estonie
ah à Aa? ya



Avis de l'épouse éplorée :
Ce site sera fermé quelque temps
pour d'évidentes raisons.

---

Réouverture :


Ce bruit étrange...
se fait entendre un train
disparu depuis des lustres




               
Un Wallon vainqueur
du grand prix de Wallonie
c'est évident, voire


Philippe Gilbert



Cris pareils à ceux
de la veille en ce matin
ceux d'une corneille
gîtant, usons d'un détour
chez le roi de la forêt


Lever de l'épouse
les marches de bois quasi
centenaires geignent


Selon un choucas
d'Arménie la tourterelle
turque a l'âme noire


Le corps humain n'est-ce
qu'essence avec quelques pièces
de rechange, dites?


Bois incandescent
les geais gênés par l'éclat
des feuilles criaillent




               
Par la rue Fumal
à Namur le gang descend
sur le centre-ville




Lors de mon passage
le cri d'un geai qu'il est laid
semble-t-il dire hé!


Ils voteront pour
ces souriants candidats
fiers de leur figure
regardez comme je suis
belle comme je suis mûr


Sur le tronc d'un sapin
le vulcain se réchauffe
et s'accroche, vent


Château de Thozée
l'âme de Félicien Rops
y peint et dessine
des femmes du dix-neuvième
égrenant leur chapelet


Une salle d'attente
festival de borborygmes
des gens gênés


Encore ce geai
frôlant la crise de nerfs
en m'apercevant!
serais-je malgré mon air
sérieux un fieffé gredin?





               
Le soir tombe sur
Mettet on n'y voit oserais-je?
mets tes lunettes



Un papillon blanc
déboussolé me caresse
les cheveux blonds ? gris


L'autre papillon
un vulcain vient m'embrasser
comme ça, pour rien


Balade à vélo
des spectateurs m'applaudissent
le long du parcours
enivré comme une femme
par tous ces je t'aime, chute


Tu ne me "mordilles" plus
l'oreille, choucas de mes rêves
Icare


Que de petits chocs
sur les feuilles en ce jour
de septembre, pluie




               
Soudain me parviennent
d'un vieux pommier les coups
frénétiques d'un pic



Le vieux Namur
un dimanche de septembre
s'y repose la Sambre


Du prunier s'en vient
avec regret une feuille
jaunie par les mois
émoi devant ce trépas
qui préfigure le mien


Sur un pont de Namur
on danse en amoureux
des slows langoureux


Dans l'allée j'allais
recensant les feuilles mortes
tel un chercheur d'or


Je t'aime je t'aime
pourquoi te répéter mon
chéri j'ai compris
que tu m'aimes m'aimes m'aimes
zut, ta maladie s'attrape


Sous ce pont d'antan
coule la Sambre lente et
lasse infiniment





               
Sous ce pont d'antan
coule la Sambre lente et
lasse infiniment
signent trois grands, Verhaeren
Apollinaire et Villon



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