José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : SEPTEMBRE 2005

Haïku d'un mois de septembre



               
Septembre commence
asseyons-nous un petit
moment en silence

Bonne odeur de viande
dans le quartier, les gens sont
à l'apéro car
des bouchons sautent des rires
fusent, on se sent si bien

Un ciel gris après
le bleu l'écureuil roux n'en
a cure, noisettes

Ce soir l'écureuil
du matin prend le deuil, cris
de chauves-souris

Suis si bien au lit
mais la tourterelle turque
par deux fois m'incite
à écourter cette grasse
matinée, allez flemmard

Peupliers tels que Millet
aurait pu les peindre
avant son décès...


               
Jour de septembre...
brunes comme je les aime
dodues grâce à la prune

Fosses sous les barbelés
une fleur lui sourit
le liseron...

Des papillons blancs
sur des fleurs mauves, les geais
toujours mécontents
malgré ces jolis mariages
qui tiendront jusqu'en octobre

La voix rauque d'un faisan
venant du sous-bois
un sirop peut-être?

Les nuages
envahissent le paysage
ombre sur son visage

En ce verger sensuel
que de pommes à croquer
chers péchés!

Femme au corps
délicieusement fendu
seule source d'absolu


               
Ruée vers l'or
pour ce peuplier
qui y perdra toutes ses feuilles

De la fleur s'envolent
génération spontanée
de blancs papillons

Le chêne perd déjà des glands
le peuplier ses feuilles
moi mes tifs

A Mettet le sept
septembre tu bégaies mon
pote ne bois plus

Une tourterelle
lettrée m'interroge dis
qu'as-tu fait de ta
vieillesse toi que voilà
hé pécore n'anticipe

Deux papillons blancs
se posent comme fleurs
printanières sur l'arbre

Coq et tourterelle
sont mes réveille-matin
lève-toi et marche
José fait la sourde oreille
mieux qu'un lézard au soleil


               
Morialmé le soir
un calme automnal enrobe
les choses, bonheur

L'arbre perd une feuille
mais gagne un oiseau
voire ce papillon

Le ciel dit Baudelaire
se couvre de merveilleux
nuages, fi

Matinée de rêve
des hirondelles en trop
grand nombre tournoient

Le papillon quitte
la prune à mon approche ô
brune sois plus cool

Des pénitents ressuscitant
le Moyen Âge
malgré ce Boeing

Un papillon blanc
(ils sont nombreux cette année)
me frôle flemmard
il pense à sa plantureuse
épouse non moins ailée


               
Le soleil avive
les jaunes et les propos
des buveurs de bière

La mort des parents
aide l'enfant à mieux vivre
terrible constat

Tel Apollo 13
l'église pointe vers un ciel
inaccessible

Chaque soir j'observe
les lumières de l'hospice
oh heureux auspices

Le village somnole
entouré d'arbres automnaux
fait si beau!

A Namur en cet après-
midi de septembre
les gens sont en jambes

Une vieille femme
radote sur un banc suis
si seule si seule
suis repassé tout juste une
heure après, elle était là


               
Les blondes abondent
le long de l'onde
rêveusement s'en vont leurs lombes

Lève-toi paillasse
répète la tourterelle
recherche d'une arme

Un village sous la brume
les premières lumières
du soir s'allument

Les premiers froids
la cheminée de nos voisins
nous refuse un pape

Sur la branche d'un sapin
comme elle se balance
la tourterelle

Grenadiers zouaves
congolais marchent au pas
pas de syndicats

Une salve
beaucoup de fumée
quelques femmes frémissent, enfin


               
Beau tir dans la nuit
si amende il y a
ce sera pour ma pomme

Verger incendié
par un soleil automnal
givre dans le pré

Un papillon blanc
partisan de l'apartheid
choisit la fleur blanche

Virage, une bête
rousse gagne les taillis
est-ce un renardeau?

Récolté quelques noix
bêché quelques heures
fatigué quelque peu

Il bat le tambour
afin d'être prêt dimanche
à la Saint-Feuillen
deux mille marcheurs par ville
et par champs au pas iront

Il joue au jeune homme
avec de vieux yeux
ah, la maudite monnaie


               
Moche
toutes ces feuilles qui font leur
malle et l'ombre qui s'effiloche

Ferme de la Folie
que pour la rime j'épie
sourire de connivence

Passage d'un papillon
la pie mange
une prune par à-coups

La feuille d'un pommier rend l'âme
elle n'en a pas une entends-je
et toi?

Fosse un jour de folie
les gens sourient
à de pacifiques soldats

Il n'y a pas de fumée
sans feu ce que ces zouaves
confirment

Je regarde passer
des marcheurs - une goutte
au monsieur, santé!

Des noix!
telle la réponse
du général McAuliffe à Bastogne

De Bastogne à Austerlitz
il n'y a qu'un pas
que je franchis, na!


               
Napoléon
en ville incognito
dit s'appeler Jean Mathot

Le vent frappe un noyer
qui n'a rien porté
cette année, vlan!

Pas l'instinct grégaire
suis un solitaire
qui transforme tout en vers

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