José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : SEPTEMBRE 2003

Haïku d'un mois de septembre


Septembre et ses brumes
et ses rhumes avec une
pincée d'amertume...

Le chêne s'allège
de ses feuilles et glands, chute
de mésanges bleues

De l'arbre s'arrache
une grande et noire feuille
c'est maître corbeau

Lugubre, ce choucas
réveille-matin
d'un malade incurable

Cricri fatigué
d'avoir chanté le soleil
durant tout l'été


               
Les enfants s'en sont
retournés sans Dalila
mort d'un ciel si bleu

La Sambre telle une
crécerelle fait du sur-
place au confluent

Rosée matinale
sur l'herbe de la pelouse
lugubres choucas

La dame dépose
son derrière en demi-lunes
astronome épris

Déboulant je vois
j'entends un geai au cri aigre
ébat d'ailes bleues


               
Bruits de bois frappé
comme un tambour, c'est le pic
qui cogne et déguste

Cueillette de prunes
les feuilles des peupliers
bruissent, chant du coq

Les oiseaux nous ont
fait faux bond, un chant plaintif
plus de symphonie

Sur un fil en frac
des hirondelles déjà
reluquent le sud

Cris de musaraigne
bruits de feuilles éventées
l'oiseau fait tchip tchip

Jolie la négresse
dans le rétroviseur quelle
pub pour Calcutta

Il est sans cueilleur
le pommier larguant ses fruits
vieille femme fille

Il est revenu
chez nous l'écureuil friand
de noisettes mûres

La pluie se remet
à tomber comme d'antan
heureuses les feuilles

Les gens dans le pré
se prosternent jusqu'à terre
pour des champignons

Il s'est placé sous
le noyer pour le narguer
aïe, mal lui en prit

Suis sur une échelle
le bras droit en extension
prise d'une prune

Un jour sans soleil
le corbeau du chêne chante
la chute des glands


               
Ah, l'amour!

On se bécote
à n'en plus finir
on se mange des yeux
sans couvert
sous un ciel tout bleu
quel émoi!

Quel minois!
dont on tient la menotte
de peur qu'un autre
ne la note
dans son cahier d'adresses
peste!

reste!
ne te perds comme
le Petit Poucet
qui sema dans le bois
des miettes
de petits cailloux blancs

Blancs!
mais le Temps
chausse
ses bottes de sept lieues
pour accomplir sa marotte
d'ogre

d'ogre?
qui consiste à dévorer
les petits cailloux blancs
les bécots
les menottes
les jolis minois

Ah, l'amour...

Le robinet coule
goutte à goutte, notes de
Claude Debussy

Trois papillons volent
trois qui ne font plus qu'un dieu
en plusieurs vulcains

Elle s'évase en
s'assoyant, la jolie femme
à l'accent flamand

La nature dort
sous le soleil de septembre
chute d'une pomme


               
L'épeire à l'envers
souhaite la vibration
de sa toile, proie

Je me suis surpris
à rire comme mon père
défunt, rire jaune

A l'orée du bois
s'envole ce qui serait
une pie... -grièche!

L'épeire tête en
bas désire sur sa toile
une autre proie qu'elle

Premier jour d'automne
dans le verger silencieux
chute d'une pomme

L'homme au verger brûle
- lis la suite s'il te plaît -
de mauvaises herbes

Un marronnier mûr
m'a dans son collimateur
boum à gauche, à droite

Fête des Wallons
à Namur, on mange on boit
on se veut heureux

Il fait encor beau
pourquoi ce plumage sombre
dans un ciel en fête?

Les feuilles sans colt
ni chapeau de cow-boy crissent
sur le macadam


               
Dans l'allée les boules
blanches de la symphorine
tremblotent au vent


Le long de la Sambre
un platane s'égoutte ou
s'effeuille ou s'écorce

Promenade en ville
au milieu des jolies filles
cou périscopique

L'épeire tête en
bas patiente sur sa toile
désir d'une mouche

De la noix chue sort
un papillon blanc, tableau
non peint par Magritte

Au-dessus du chêne
des croassements, sous l'arbre
la chute de glands

Monsieur Grenier fauche
le pré de tante Paula
ça va? s'enquiert-il

Il lorgne nos prunes
vous pouvez en cueillir dis-je
d'un air magnanime


               
Dans le corridor
dort la toile de Camus
homard comme hostie


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