José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : SEPTEMBRE 2001

Ce mois et ses paresseux
matins, ce noir
qui lentement l'étreint



Premier septembre la cloche
pour la première fois
tinte, angoisse

Il pleurote des cèpes
dans la mare qui tremblote
pâlotte

Devant la fenêtre passent
en aller simple
des feuilles mortes

Septembre...
ces feuilles qui s'envolent
cette pluie, ces taches d'ambre

Le bouleau, bruit de la feuille
qui choit sèche
une touche impressionniste


                     
Stries de pluie fenêtres
emperlées, le dimanche
pleurniche

Il pleut des cordes
des feuilles, des larmes
en ce jour de rentrée

Face au sapin toujours vert
son voisin feuillu jaunit
je blanchis

Feuille morte du tremble
luisante de pluie
l'arbre se lamente

Septembre cette couleur
d'ambre, entends-tu le vent
qui jase tant?

Chemins saturés d'eau
mares clignotantes
j'évite un crapaud

Sur la route éplorées
les feuilles veuves
du tremble m'émeuvent

Rencontre du vent
bavard qui ne varie guère
dans tous ses discours

Le champ d'orge a disparu
délogé par la gomme
d'un plumier

L'oiseau chante solitaire
en ce jour pair
qui a la goutte au nez
(04.09.2001)

Campagne, une chapelle
sans fenêtres
déchristianisation

La crécerelle en quête
de proies, battant l'air
comme un colibri

Cimetière et ses hôtes
muets déconfits
hors circuit, défaits

Un corbeau perché
haut croasse par trois fois
saint Pierre des cimes

Sur le chemin des saules
gisent des mares
sifflote le vent


                           
Il pleuvine un papillon
s'envolant brandit son drapeau
blanc, trêve!

Dans son panier d'osier
l'homme aux lèvres noires
dépose des mûres

Vent fort, le bouleau
vêt le pré de feuilles jaunes
toile d'un Corot

Cosses de genêt
vous crépitez au soleil
comme des cricris

Septembre et ses paresseux
matins, ce noir
qui lentement l'étreint

Deux électriciens au ciré
jaune tendent un fil
sous la pluie

Le vélo la frôlant
la limace se rétracte
corne itou

La Sambre se ride sous
le vent de septembre, nous
sous le Temps

Le corps pianissimo
se raidit jusqu'à la mort
au galop

Matin de septembre
une silhouette me
précéde coucou!

Du chêne un gland vient de choir
bombe pour la fourmi
bosse pour moi

Des cailles piètent sur la voie
m'en approche envol
en escadrille

J'arpente le pré
les yeux au sol rivés, bouse
fleurs herbe mais deux
avions s'amourachent à
Manhattan de tours jumelles

New York le 13 septembre
pleure ses tours
pléthore d'impers


                     
Vais courbé sous la pluie
pareil aux porteurs
du relais de Shôno

Oh l'allure hésitante
d'une adolescente
d'éros consciente

D'un tableau de Breughel
deux corbeaux sortent
sans donner de nouvelles

Il est fragile et beau
ce site aux rayons
tamisés par la brume

Chant confus d'un ru
sorte de mélopée
au sein de la vallée

A l'aube apparaissent
des spectres, les arbres
enrobés de gaze

La ville aux briques
assombries sous la brume
expose un Permeke

Fin septembre, des pommes
jonchent le pré
tableau de Seurat

Il est six heures trente
me dit la cloche
il vous faut dételer!

La sauterelle se fraye
un passage à travers
les herbes, hop!

On se croirait à Noël
des feuilles jaunes
parent les sapins

Bruit mat d'une noix
qui dans le pré choit
l'écale en petits morceaux

Ça saute de l'arbre, non
pas une feuille rousse
une sittelle!

Les enfants crient, des noix!
s'abaissent font chanter
le seau de joie

Le bec d'un pic résonne
toc toc toc
un oiseau noir soliloque

Bruits de vaisselle
chant de mésange
avec en contrepoint le vent

L'image sombre me prolonge
créant un théâtre
d'ombres chinoises

Au bout de la tige
un papillon blanc
fleur étrange qui s'envole

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