José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.
 
*** José Chanly ***
 
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Le petit monde merveilleux des haïku : OCTOBRE 2008
Haïku et tankas d'un mois d'octobre
 
 
Où s'en sont allés
Dalila tous ces bleuets
cheveux de l'été?
(Toile de Pol Ledent)
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Où s'en sont allés
Dalila tous les bleuets
cheveux de prairie?
rejoindre les cow-boys et
indiens de mon enfance
A quoi bon écrire
tant de poèmes à l'heure
où règne l'image?
ne serait-il pas plus sage
d'oublier tous ces mirages?
Je scrute le sol
sous un noyer qui me cherche
noise, pas de noix
Le bouleau s'effeuille
sous le vent sous la pluie
pelouse pointilliste
Malgré son diplôme
il est mort comme un autre homme
sans avoir trouvé
dans les livres de chimie
la formule du bonheur
Malgré son diplôme
il est mort comme un autre hôme
avec cette faute
d'orthographe dont il n'a
cure dans sa boîte oblongue
 
 
Quelques cerisiers
au garde-à-vous en l'honneur
des bouleaux de Klimt
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Quelques cerisiers
au garde-à-vous en l'honneur
des bouleaux de Klimt
Gustave de son prénom
qui nous offrit le baiser
|
Les jeunes eux vivent
au présent, les vieux avec
leurs souvenirs et
un futur plein de menaces
des rires et des grimaces
Sucré-je déjà
les fraises sans saliver
à l'instar d'un vieil
homme? non ce tremblement
m'habite depuis des lustres
Mes activités
du jour? rentrer pour avoir
chaud ce soir des bûches
ramasser les noix, cueillir
les tout derniers haricots
Entends-tu le cri
de la foulque macroule à
robe noire, aux yeux
ronds et rouges sous un front
blanc? que d'eau que de couleurs!
Toujours lutter contre
sa paresse, se brosser
les dents chaque jour
accomplir sa gymnastique
ou sa sortie à vélo
Un corbillard tout
noir stoppe devant chez moi
j'ausculte mon coeur
il bat! je suis bien vivant!
il s'est trompé de maison
 
 
Dans ce chemin gisent
des feuilles jaunes de peur
alors que les vaches
ruminent des idées blanches
à quelques pas de l'église
|
Ciel! une éclaircie
si celle-ci se prolonge
je croirai en Toi
malgré ce triste hiatus
et les propos de Darwin
L'eau de l'étang sous
le vent et la pluie reçoit
feuilles mortes et gouttes
il fait si froid ce dimanche
que j'en ai la chair de poule
Il faisait si froid
qu'il avait la chair de poule
que pondit-il? l'oeuf
qu'un Christophe Colomb parvint
à faire tenir debout
Elle donne donne
et son gsm sonne sonne
juste retour
J'attendrai toujours
Louise Brooks, ton retour
telle que tu es
en dix-neuf cent trente-neuf
comme de bien entendu
J'écris j'écris bien
seulet dans ma tour d'ivoire
et mon gsm
fait la grève sur le tas
je vous donne donne, sonne!
Chaque jour j'écris
seulet dans ma tour d'Yvoir
tout près de Dinant
où l'on fabrique des couques
à manger avec les dents
("L’origine de la couque de Dinant remonte au XVème siècle, lors du siège de la Ville par Charles le Téméraire (1466). Les Dinantais, privés de victuailles et ne disposant que de miel et de farine, imaginèrent d’en faire une pâte et de la cuire. Cette pâte étant très ferme, ils l’imprimèrent dans le négatif des dinanderies et obtinrent ainsi les dessins les plus variés." - dinant.be)
 
 
Dans l'aquarium roulent
trois cyclistes de Somzée
assez colorés
quel triste temps ce dimanche
dit une bigote tanche
|
Mon chat gris qui dort
me chagrine car un jour
ne s'éveillera
Branle-bas de choucas
sur le toit de ma cabane
au Canada
Dans un pré parmi
les feuilles jaunes un rouge-
gorge incandescente
Dans un pré parmi
les feuilles jaunes un rouge-
gorge incandescente
il vous faut un bon sirop
dis-je à l'oiseau tout de go
Sous la pluie diserte
les feuilles par milliards tombent
en ce jour d'octobre
comme notre fric en Bourse
soupire un avare aphone
Gisent les feuilles jaunes
d'un merisier
du bois! dit le menuisier
Sur le sol humide
une grosse limace
en robe rouge passe
Au lever entends-
tu le tic-tac de l'horloge?
non? t'es mort alors
 
 
La drève en automne
revêt une robe mordorée
si seyante
|
Le soleil incite
l'alouette à se griser
à grimper au ciel
sans le secours d'une échelle
bernique! elle vole à peine
Sur ce noyer d'octobre
des feuilles s'en vont
quelques oiseaux s'en viennent
Notre vieux chat quand
il va s'asseoir chaque fois
reçoit dans les pattes
des décharges électriques
je souris en effet, jaune
Soir d'octobre
la lune campe dans un ciel
lavé de ses nuages
Un chat dans le pré
qui vient de Patagonie
chasseur émérite
et grand nageur je suppose
me demande-t-il sans rire
Une libellule
survole la campanule
bleue de solitude
Une libellule
survole la campanule
m'offrant par là deux
rimes féminines non
riches par manque d'appui
 
 
Le soleil d'octobre
caresse ces feuilles qui
de plaisir jaunissent
|
Les peupliers sont
déjà dépeuplés de leurs
feuilles, des arêtes
Les peupliers sont
déjà dépeuplés de leurs
feuilles, des arêtes
dis-je de truites meunières
se déhanchant dans l'eau claire
Pas facile un non
quand la jolie femme vous
dit oui sans question
En t'observant lune
me vois poète chinois
d'où très bleu de toi
je m'assieds sur la terrasse
et trinque et ris avec toi
J'ai fait un beau songe
me dit-elle en souriant
avec moi? réponds-je...
J'ai fait un beau songe
me dit-elle en souriant
avec moi? réponds-je
permettez-moi cette erreur
afin de marier les rimes
Un jeans tout plissé
qu'elle voudrait repasser
mamy! c'est voulu
 
 
Dimanche d'octobre
l'astre tente d'effacer
la brume pendant
que de lentes fumées grises
s'échappent de cheminées
|
Le sapin peuplé
de mésanges bleues se met
à chanter de joie
Coup de vent
que de feuilles virevoltant
dans l'allée automnale
Papy! le noyer
a perdu tous ses habits
durant cette nuit
Beauté de la feuille
de bouleau, par contre celle
du noyer! plus moche...
tu meurs avec en retrait
du lit l'accorte infirmière
L'éolienne
ce moulin des temps modernes
c'est de l'ersatz, mes enfants
Je me montre à la fenêtre
du pré l'envol de deux pies
horrifiées
Le vieux chat se tord
de rire? non le cou pour
mastiquer sa viande
 
 
Ces champignons
chaque soir se rassemblent
pour réciter l'angélus
|
Le moulin fournit
du froment, une éolienne
l'électricité
l'un nourrit hommes et femmes
l'autre les électrocute
Silence d'une tondeuse
le pivert commence
outré de la concurrence
Parler petit nègre
de ces champignons noircis
suite au gel nocturne
longs palabres sous la hutte
formée par le noisetier
Une feuille? non
c'est la queue du chien qui me
voyant est en joie
Ce 19 octobre
nous offre de beaux regards
grâce à ces quelques
jaunes feuilles ocellées
telles les plumes d'un paon
Cri bref en noir et
blanc emmanché d'un long bec
voix de l'épeichette
Cri bref en noir et
blanc de l'épeichette d'un
long bec emmanchée
qui m'en veut de l'obliger
à chercher une cachette
 
 
Sous un ciel bleu nuit
des fenêtres éclairées
comme chez Delvaux
à l'une on voit un squelette
âgé chausser ses lunettes
|
Le prunier tout nu
tout... mouillé comme un corps qu'on
lave avant la bière
nous rappelle la Toussaint
qui s'amène dans dix jours
Deux oiseaux se posent
sur un peuplier tremble
chute de quelques feuilles
Ce dimanche on chante
sur la sapin, les oiseaux
du quartier célèbrent
l'office divin, mésanges
et roitelets à bandeaux
(tanka tronqué,
car l'auteur apeuré a pratiqué l'ellipse;
je vous suggère d'ajouter
"celui" au 5e vers)
Le long d'un tronc de sapin
la sittelle descend
tête à l'envers
Plus de concertos
ni de symphonies pour nos
oiseaux, des solos
sollicitant des sanglots
tant le temps file au galop
 
 
Ce dix-neuf octobre
nous offre de beaux regards
grâce à ces quelques
jaunes feuilles ocellées
telles les plumes d'un paon
|
A défaut de grives
on mange des merles dit-
on, pauvres oiseaux
qui animez nos soirées
si joliment, sus aux dents
Le pivert me voit
et s'encourt pour se laver
les yeux, quelle horreur
Dans la sapinière
voyez cet oiseau bizarre
descendre d'un tronc
tête en bas puis chanter une
ritournelle, la sittelle
Ça sent toujours! c'est
peut-être ton ange gardien
qui fait pwèt pwèt
Deux choucas dans le pré
en quête de noix, crac boum
huuue chante Dutronc
Les rayons obliques
d'un soleil qui de plus en
plus tôt fait le mur
son amante, la nature
est en petite tenue
Tiens! sur un tronc grimpe
le sherpa de notre quartier
une sittelle
 
 
(ma mère-grand)
EST-CE QUE TU M'AIMES?
Bien sûr que je t'aime
en ce moment
même
qui me voit regarder
par la fenêtre
la chute des feuilles
mais que sera-ce
quand ta jolie face
sera plus ridée
qu'une pomme oubliée
dans un cageot?
quand tes appas
si tentants
pencheront vers le bas
pires
que la tour de Pise?
Dis
la fièvre
sera-t-elle toujours de mise
aux Marquises
quand tes appas
pendants
feront de moi une limace?
j'aime
en tant que mâle
tes cris de femelle
quand tu grimpes
à l'échelle du plaisir
mais que nous réserve le futur
en fait de fruits mûrs?
la maintenance
n'est pas si sûre
que pensera l'esthète
devant ce corps alourdi
par les ans?
devant ce visage
raviné par les orages
de la vie?
car tu aimes que l'on t'aime
comme j'aime que tu m'aimes
mais quel est le degré
d'amour dans ce compte
d'apothicaire?
L'Amour
ce n'est pas qu'une image
si jolie soit-elle
c'est le gosse
qui adore sa mère-grand
malgré ses cheveux blancs
ce sont ces deux vieux
liés pour la vie
qui marchent de concert
en se serrant la main
ne me quitte pas
ne me quitte pas...
l'amour... avec un grand A
c'est bien plus fort
qu'un m'aimes-tu
égoïstement défendu
lorsque les corps nus
d'outrages sont dépourvus
car ça tient plus à l'âme
qu'à la chair périssable
ce n'est pas une fleur
de Jacques Brel
c'est le ciel
c'est une religion
sans profession de foi
qui nous fait dire
avec reconnaissance
quelle chance
de t'avoir connue
TOI
ma toute belle
à tout jamais
JE T'AIME!
|
Je suis allé chez
une voisine cueillir
des pommes d'automne
avec adresse l'échelle
et le seau muni d'une esse
J'espère toujours
qu'un choucas va se poser
là, sur mon épaule
A San Francisco
un très long cimetière à
l'entrée vous attend
ça refroidit vos ardeurs
ici itou les gens meurent
Le soir dans le noir
un chat noir espère au moins
une souris blanche
Une nappe toute
blanche recouvre la table
de notre pelouse
sous un ciel bleu les scaroles
ont des voiles de mariées
 
 
Une jeune fille
se promène dans l'allée
sans trop se soucier
de toutes ces feuilles mortes
la vie semble encor si longue
|
Premiers flocons!
les toits ce parapluie qui passe
changent de couleur
Le choucas tout noir
se demande si la neige
ne lui en veut pas
d'avoir choisi ces habits
sombres et non pas l'hermine
Chemin boueux sous
ciel gris avec les cris d'un
corbeau freux, affreux
Chemin boueux sous
ciel gris avec les cris d'un
corbeau freux, affreux
pourrait penser un Afro-
Américain face à Cain
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