José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.
 
*** José Chanly ***
 
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Le petit monde merveilleux des haïku : NOVEMBRE 2006
Haïku et Tankas d'un mois de novembre
 
 
Qu'une feuille puisse
d'elle-même regagner
l'arbre et s'y tenir
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Plus de concertos
ni de symphonies pour nos
oiseaux, des solos
ressemblant à des sanglots
tant l'avenir est pâlot
Le vent de novembre
fait de ce peuplier une
arête de sandre
Papy le pivert!
il picole dans le pré
picore mon chou
Cataracte arthrose
deux cadeaux de la vieillesse
ennemie ô rage
Le haut du sapin
s'évertue à dire non
depuis ce matin
dans la prairie quelques feuilles
sous l'emprise du vent volent
 
 
Les feuilles de nénuphar
rondes s'étalent jaunes
sur l'eau étale
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J'ai avec émoi
vu des cataractes, celles
du Niagara
je me serais bien passé
d'un homographe chez moi
Miroir embué
après un bon bain, corps flou
voile charitable
Ce dimanche soir
rien à dire l'esprit vide
seul un borborygme
Miroir embué
après un bon bain, corps flou
voile charitable
me souffle l'ange gardien
jaloux de mes pectoraux
Malgré la discrétion
du vent, les feuilles se détachent
à foison
 
 
Région riche en flore
mais très pauvre en faune au vu
de ce specimen
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Ciel gris, un chien sans
maître nettoie de ses poils
trop longs l'avenue
des combattants où j'occupe
une bourgeoise demeure
Je prends mon repas
sous le minois de la lune
en levant mon verre
de vin en son honneur comme
tant de poètes chinois
Brume sur les bois
environnants, le ciel gris
ajoute sa note
triste, un faisan piète sur
la voie puis volant s'en va
Dans le potager
une bâche bleue recouvre
des scaroles, gel
annoncé la nuit prochaine
aux jardiniers du royaume
Tombe sans un cri
d'un noisetier l'érudite
feuille ayant appris
par coeur d'Alfred de Vigny
la stoïque mort du loup
 
 
Tout paraît si calme
dans l'eau chassent des brochets
en l'air les rapaces
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A la fenêtre
volette un papillon, non
la feuille du bouleau
La cheminée fumant
grise sous l'emprise du vent
poésie
Les feuilles d'un saule
plongent dans le Styx sans la
barque de Charon
qui forniquerait dit-on
avec une nymphomane
La jolie voiture
sur la façade blanche
tel un imprimé bleu
Que vois-je? du jaune
qu'entends-je? le chant lugubre
des corbeaux, novembre
 
 
Dans ce lacis de branches
vois-tu ces ailes blanches
d'anges brochées d'or?
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TRIPTYQUE
Toits couverts de givre
à la fumée grise
les manteaux sont de sortie
Trois couverts impliquent
la présence de plusieurs
personnes à table
Toi couvert ou non
débitant de tels propos
t'es bon pour l'asile
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La vieille barrière
escaladée jadis par
des gosses criards
tout rabougris à présent
cheveux gris goutte ou arthrose
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Le soir tombe pour
ce pivert à piolets
escaladant l'arbre
D'une voix de gorge
le faisan prie son seul dieu
tout couvert de plumes
L'ire du vent, la
rangée de noisetiers lance
ses confettis jaunes
Un ruisselet jase
la cloche au loin sonne
là paissent des vaches, paix
Il pleuvine, sous
le bouleau de ma voisine
musarde le vent
Après avoir survolé
le village l'astre
entrouvre son lit
 
 
Malgré les Japs je
me suis offert par amour
cette Suzuki
que Buck Danny me pardonne
je suis la reine des pommes
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TRIPTYQUE
A quoi servent tous
ces vers laborieusement
pondus? à rien si
je les prolonge dans le
temps, absolument à rien
Pourquoi écris-tu
Chanly si tout ça ne rime
à rien? et l'abeille?
Pourquoi écris-tu
Chanly si tout ça ne rime
à rien? et l'abeille?
je rime comme je pleure
c'est mon unique bonheur
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Ces feuilles sont là
mais ne seront plus, image
de notre passage
sur terre les pieds derrière
et puis devant en partant
|
Arrête ton char
vieillesse, marre de cette
collection de maux
Durant la balade
le cri d'un geai dérangé
des feuilles qui tombent
dans l'allée sans état d'âme
tel un pétale de rose
Au pied de ce chêne
des feuilles pétiolées
les autres rient jaune
Que faire devant
ce poète si ce n'est
ôter son chapeau?
prions pour l'artiste qui
nous offre tant de beautés!
Feuilles jaunes bûches
en tas tels des soldats, ah
les chaudes soirées
 
 
Feuilles jaunes bûches
en tas tels des soldats, ah
les chaudes soirées
en perspective quand vient
pour les cigales la bise
|
Le soir tombe sur
nos tombes sises à Saint-
Roch, qu'il intercède
comme il le faisait si bien
du temps de la peste noire
J'approche du bord
le cormoran s'enfuit, noir
comme un faire-part
D'en bas me parviennent
les bruits furtifs d'un voleur
en quête de quoi?
de l'un de mes portraits? zut
j'ai oublié de signer
Bruit suspect, suis tout
ouïe le cas de le dire
c'est mon poisson rouge
Le temps tout le temps
s'en prend à moi tel un taon
tant craint par ma tante
que cet insecte épouvante
quand il compte jusqu'à trente
 
 
De quoi je me mêle
semble me dire la belle
douchée par le ciel
la vache puisque c'est d'elle
qu'il s'agit rêve aux Seychelles
|
La petite feuille
du bouleau se pose dans
le jardin, chagrin
Que dire qui n'ait
déjà été dit? pas grand-
chose je suppose
Dénombrement ce
27 novembre de toutes
les feuilles de l'arbre
dépêchons-nous car ces taches
impressionnistes nous quittent
Durant cette nuit
j'ai composé un haïku
diantre! qui me fuit
Photo de nous deux
amoureux éperdus, le
summum d'une vie
 
 
Que dire qui n'ait
déjà été dit? pas grand-
chose je suppose
et rose elle a vécu ce
que vivent les roses, j'ose?
|
Mois étonnamment
doux cette année, et les plaintes
à contretemps fusent
et s'il pleuvait s'il ventait
s'il gelait à pierre fendre?
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