José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : NOVEMBRE 2005

Haïku d'un mois de novembre



               
Le corbeau perché
sur un arbre annonce tel
celui d'Edgar Poë
jamais plus ne reviendra
ce lumineux mois d'octobre

Des feuilles vont sur
l'eau sous le regard d'un vieux
saule ébouriffé

Nuages gris sombre
fenêtre emperlée, tout tremble
au vent de novembre

Ah, pauvre araignée
prestement écrabouillée
par un pied peureux

Le vent transforme
un peuplier d'automne
en arête de sardine

La lune saute à
la perche avant de plonger
en mer, si mouillée
qu'elle séchera durant
toute une journée, puis plouf


               
Dans ce bois
des feuilles font du rase-mottes
cris d'un geai dérangé

Un corbeau croasse
mon pote quand il n'envoie
de lettre anonyme

Ce 4 novembre
2005 jamais plus
ne reviendra pour
nous rendre source de vie
foi en la résurrection

Quel charivari
de choucas perchés sur l'arbre
je traînasse au lit

Ce qui fut un champ
de maïs en plein été
revu en novembre
visité par les corneilles
comme un soir à Austerlitz

Dans le bois des feuilles
font du rase-mottes, cris
d'un geai dérangé


               
Vestiges d'un pont
construit à la romaine au
dix-neuvième siècle
mais moins solide ce me
semble que celui du Gard

La pluie pianote
sur le toit de la cuisine
lueur du matin

Une bille roule
dans la pièce, nous avons
des petits-enfants

Ces arbres s'observent
tel Narcisse au bord de l'eau
nous sommes si beaux!

Cette feuille parmi
des millions d'autres tombe
un regard complice

Au village coule
une rivière sans âme
sans martins-pêcheurs

Qui vient à ma rencontre?
une passante aimantée
par la beauté


               
On reconnaîtra
la dame dès que les feuilles
jaunes seront chues

Nous avons la grippe
fièvre frissons maux de tête
Dieu, pourquoi m'avez-
vous abandonné ce jour
même? pourquoi m'avoir cuit?

L'homme aux cheveux blancs
s'en va vers son destin, telle
une feuille jaune

Notre-Dame de Walcourt
noire dans sa robe blanche
et sa geôle

Les arbres s'adonnent
à un lent strip-tease qu'un
coup de vent active

Novembre réserve
son lot de surprises tel
cet après-midi
ce feuillage en feu le long
d'une somnolente Sambre

De la brume naît
une hostie à digérer
à jeun si possible


               
Une dame née
de l'ombre s'ouvre au soleil
serait-ce une fée?

Sur une mangeoire
se pose la mésange à particule
huppée

11 novembre
des corbeaux annoncent
tristement la fin de la guerre

Un chat du voisinage
mendie de la nourriture
noir comme un diable

Pas de mésanges
seraient-elles au défilé
du onze novembre?

Passe un oiseau noir
dans le ciel, seul voyageur
par ce temps de pluie

Village en novembre
quand des corneilles leurs noirs
cris faisaient entendre

Le choucas s'isole
sur un fil, note d'automne
re mi fa si sol?


               
Qui vient à ma rencontre?
une passante aimantée
par la beauté

Devant moi Mettet
derrière les tombes froides
des anciens Djobins*
parmi ces derniers repose
l'artiste Félicien Rops

(* Djobins = habitants de Mettet)

Vaches de Vitrival
et moi sommes de connivence
même faim (fin)

Brume matinale
déposant sur les buissons
quelques perles d'eau

Flocons? papillons?
ce ne sont (séneçon) hi
hi que feuilles folles

Notre-Dame de Walcourt
noircie vous aussi
par les fumées d'Auschwitz?

Malgré cette brume
de novembre que vois-je?
la cheminée qui fume


               
Un temps d'eau bénite
vois la croix bleutée et l'ange
qui déploie ses ailes

Du bouleau deux feuilles
passent devant la fenêtre
sans me saluer
le teint d'un jaune ma chère
qui n'augure rien de bon

Il pleut dans mon coeur
comme sur mon oreillette
gauche ou droite c'est
tout comme écrirait Verlaine
en face d'une verveine

Le ciel a versé
toute l'encre des enfants
du ciel, plus d'école
aujourd'hui décrète saint
Pierre, oyez le chant des anges

Grâce à la longeur
de sa queue noire la pie
en prière sur
un fil ne perd pas sa robe
de petite soeur des pauvres

Nuit noire mais blanche
était l'âme après l'aveu
de toutes ses fautes
neige blanche mais très noirs
étaient les desseins des hommes


               
La ville et l'étang
sortent de la brume comme
la barrière brune

L'homme descend en
ville d'un pas militaire
pour tuer le temps

Sous le noisetier
une épeichette picore
parmi des moineaux

Novembre sourit
à Namur en s'adonnant
au strip-tease, please?

Place du village
pas un visage, rien que
des voitures sages

Des cheminées fument
car la nuit s'annonce froide
scaroles sous bâche

Oh la jolie lune
rousse qui voudrait jaunir
pour être un soleil!
tu as un charme qui nous
ravit poètes lunaires


               
Samedi brumeux
la ferme estompée s'entoure
d'une herbe givrée

Mur de la remise
une charbonnière grimpe
sans son piolet

Elle fume loin
la cheminée du voisin
suis au chaud si bien

Nos scaroles sont
en prison sous une bâche
bleue toute gelée

Maladroit! s'enfuit
telle une flèche empennée
le pic épeichette

La mésange grise
sous la brume a perdu ses
splendides couleurs
seul le friquet par ce temps
frisquet ne perd rien au change


               
Chut! écoute
chaudement vêtu le bruit
glacé des feuilles qui chutent

Novembre se lit
sur les feuilles de cet arbre
jaunissant, tout passe

Une église lutte
contre l'enlisement laïc
cloches sonnantes

Tous ces arbres protègent
du froid les maisons du village
chant d'un coq

Il a neigé sur
mes cheveux quelques flocons
d'années, la barbe!

Une buse attend
sur un piquet de pâture
le moment crucial
celui de l'extrême-onction
administrée à ses proies

Glouglou de la baignoire
le petit-fils a pris son bain
ce matin

Ma barbe givrée
en ce matin de grand froid
cheminée en joie


               
L'arbre prend feu
ciel ne serais-je pas
un Moïse qui s'ignore

Chez moi tout est blanc
la peau les dents les cheveux
à cause des ans

Un vent froid pénètre
ma carcasse pendant que jacassent
les agasses

Aube enchanteresse
ces flocons sont des yeux
d'enfants émerveillés

Le merle à l'ombre
trahi par son bec jaune
méfiance, l'or est en hausse

Dans un paysage
sous l'emprise de la neige
des cygnes songeurs
sont-ils toujours aussi blancs
au centre de cet étang?

Le cygne d'hier
se demande encore s'il
ne s'est pas sali

La neige telle la brume
estompe l'horizon
beauté des feuilles


               
Ne suis pas de trop
près cette voiture afin
d'éviter le bleu

Le geai visite une
mangeoire pour des mésanges
vraiment trop étroite!

Château de Thozée
un soir, le corbeau raconte
une histoire triste

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Mystérieux château
de Thozée, un visage à
la fenêtre? Rops
revenu du purgatoire
en congé pénitentiaire

Qu'a-t-il fait de si
grave notre Félicien?
il a vivement
secoué le cocotier
de tous nos péchés rentrés

A mort! ce Rops qui
a osé montrer les formes
de fatales femmes
en train de diviniser
le sexe de Jésus-Christ!

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Château mystérieux
de Thozée, un visage à
la fenêtre? Rops
revenu du purgatoire
en congé pénitentiaire


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