José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : MARS 2005

Haïku d'un mois de mars


Si la souris qui
va être croquée avait
le sens de l'humour
elle sourirait en voyant
le chat marcher dans la neige

Dans le ciel bleu vont
de lents nuages blancs tels
nos rois fainéants


               
La minute à tout
jamais ensevelie dans
les neiges d'antan
dix heures une en ce vingt-
sept février de l'an cinq

Un chat rôde dans
les parages car les oiseaux
font du tapage

Entre les branches nues
de notre arbre à prunes
se balade la lune

Il fait très froid ce
matin me signale Franz
la mésange mange

Des nuages gris
survolent la ville, j'en
suis tout assombri


               
Les dents d'une herse
qui ne serviront plus, telles
celles du monsieur
que l'on enterre sans feu
par un froid matin d'hiver

Une ombre chinoise
à la fenêtre, Brigitte
Bardot jeune au bain

Connaissez-vous
de Vodecée ses affolantes
almées? moi non plus

Des pas dans la neige
notes de Debussy pour
quérir du charbon

Savez-vous que mes
cher aïeuls ont leur maison
quitté sans raison
pour louer au cimetière
une pièce sans fenêtre?

Tourterelle qui
dit oui en marchant sans qu'on
pose de questions

Quand souffle le vent
du nord mis par Jacques Brel
en musique, j'en
apprends de belles, le nez
rouge comme un drapeau russe


               
Un cheval tout blanc
protège des sortilèges
ce village, il neige

La chapelle
aux fenêtres gothiques
aux blanches ardoises, mythique

Bras mort de la Sambre
en partie enneigé, des
foulques sur la rive

Le pinson se pose
sans chansons, de graines plus
soucieux que de notes

Malgré les enfants
le soleil, la ville en fête
meurt une journée

Namur, des passants
cet après-midi d'hiver
paradis dits verts

Rops a vécu là
plaquette, quant au voisin
d'alors est-il mort?
les gens, chers frères et soeurs
s'en foutent éperdument


               
Le folklore à Fosses-
la-Ville, un chinel et ses
enfants, échasseur
ou clown, manque une sorcière
noire agitant son balai

Ces gens dans les rues
de Namur comme le fit
Baudelaire, ils n'ont
pas écrit de fleurs mais peuvent
encore conter fleurette

Des traces de pas
mènent au fond du bois
émoi?

Le héron décolle
lourdement de l'étang, youpi!
crient les poissons

Le pinson s'égosille
le printemps! le printemps!
il neige poivrot

Un soir à Mettet
Félicien Rops gît à deux
pas, au garde-à-vous


               
Un soir à Mettet...
Félicien Rops gît à deux
pas, les os rangés
ne produisant plus de fruits
au grand dam de saint Antoine

Oh lune bien ronde
une fille un peu gironde
le long de l'eau court

Oh lune bien ronde
une fille un peu gironde
le long de l'eau court
que veux-tu que ça me fasse?
répondit la pâle face

Un étang sommeille
des plantes aux fleurs latentes
toile de Monet

Un merle blessé
gît dans la rigole, chant
de ses congénères

Des colverts s'envolent
puis se posent sur l'étang
deux flotteurs sans ligne


               
C'est pas vrai! la neige
de nouveau là ce matin
joue-t-elle au yo-yo?

Jolie coccinelle
où t'emmèneront ces petits
pois-là? et toi?

Entre un banc et l'horizon
passe ce bateau battant
pavillon

Les idées sont de jolis
oiseaux mis en cage
oyez leurs ramages

Le chat m'épie puis
retourne à ses souris, ouf!
il n'est point myope

Un oiseau chantonne
mais de qui s'agit-il? de
la mésange bleue
celle-ci, quelle friponne!
s'envole à douze heures deux


               
Chères
à Baudelaire à l'auteur
anonyme de la photo, chairs

J'aime la symétrie
de ce pont, de la jeune fille
harmonie

Le printemps en bleu
est à nos portes, sourires
vie éclats de rire

Minus à la voix
de stentor le troglodyte
mignon fuit la rive
à l'approche du pêcheur
espérant de belles prises

Une feuille post
mortem file devant moi
poussée par le vent

Un oiseau, le chat
s'aplatit plus concentré
qu'un moine en prière

De ce pont bossu j'ois
le chant saccadé du pivert
en émoi


               
Tout heureux il vient
d'entendre le troglodyte
mignon, quelle voix!

La mésange charbonnière
ange qui transporte
du charbon, démon

Sonne la demie
comme du temps de mes chers
aïeuls morts depuis

La fenêtre ouverte
entrent les roucoulements
d'une tourterelle
turque m'annonce un bouquin
parcouru tôt ce matin

Goguenarde la lune
pendant que j'élague l'arbre
manuel, va!

Vois-tu ces fleurs jaunes
dans le sous-bois? des ficaires
cousues sur les vestes
d'enfants juifs envoyés dans
les camps avec leurs mamans


               
La barque m'incite
à fuir le quotidien qui
plus loin me rejoint

Bouvignes, quiétude
quelques siècles après les sièges
boulets cris crimes

Sur le pont de Dinant
on n'y danse on est par deux
jetés dedans

Sur le pont de Di
de Dinant on n'y danse on
y est plouf par deux
jetés dedans, dans la Meuse
sur ordre des Bourguignons

Un papillon jaune
s'échappe de la fleur
pétales accolées

Le petit-fils m'interpelle
papy les rouges-queues sont là
joie

Abeilles bourdons
se vautrent dans les fleurs
du parterre, tout sucs

Crocus et jonquilles
sourient au soleil, vol
d'une tourterelle
elle n'aurait le premier
prix d'élégance, la pauvre


               
A Bouvignes cher
ami les bâillements sont
communicatifs
m'explique un chien philosophe
assis entre deux gouttières

Que cherchent ces dames
dans leur sac à main? peut-être
le prince charmant

Cette alouette ivre
de colère s'en prend à
l'échelle dressée
par Jacob puis plonge telle
une pomme de Newton

Quand je suis fâchée
contre quelqu'un je piétine
son ombre me dit
la petite fille en plein
soleil, aïe! fis-je aussitôt

Pâques sous la pluie
les oeufs de Rome couleur
chicorée sont tristes

Quand sonnent les cloches
de Rome disait l'aïeule
fi de ces grimaces
car elles resteraient à
jamais sur ton beau visage

Chère mère-grand
je n'eus besoin de ces cloches
romaines pour rendre
mon beau visage d'enfant
griffé de rides plus moche


               
Deux vieilles gens vont
lentement, si tu m'embêtes
t'auras du bâton

27 mars, nouvelle
journée dans le sablier
sans une avancée
significative, rien
de plus dans notre escarcelle

Le vanneau se livre
à quelques gamineries
chant de l'alouette

L'anémone blanche
cultive l'instinct grégaire
comme la ficaire
elles sont toutes deux en
mars les hôtes des sous-bois

Un pinson se pose
sans chansons, plus soucieux
de graines que de notes

A Fosses-la-Ville
nul bruit, tous sommeilleraient
s'il n'y avait coups
cailloux, mots méchants qu'on lance
et caresses des genoux

Quand je t'aime je
m'aime avoue-t-elle à l'ami
transi, moi de même
murmure-t-il tout ému
face au je t'aime ambigu


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