José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : MAI 2006

Haïku d'un mois de mai




               
Lieu paisible
mais où l'on expire
six cercueils cette semaine, peste!



En ce premier mai
le travail est à l'honneur
grasse matinée


En ce frisquet premier mai
frissonnent les branches
bruit d'une tondeuse


Dans ce village
la mésange chante l'heure
comme partout ailleurs


Dis tu donnes la pilule
à ton chat pour ne pas qu'il enfante?
diantre!


En amour
il tire plus vite que son ombre
n'offrant pas la mort





               
Au-dessus de Solre-
le-château un bulbe sous
forme de tulipe
quand l'église sonne l'heure
oyez la voix d'Isabelle



Apologie du
maigre? non dame gironde
nous ne sommes pas
couturiers amoureux d'angles
aigus mais de formes rondes


Repas
je n'aime pas tante Irma
tais-toi mange ce qu'on te donne





               
Que de prières
au cours de cette ère quaternaire
Pater noster!



A un certain âge
l'argent des parents devient
mentalement mien


Voisin déménageant
qu'on ne verra plus
tel un mort pieds devant


Caresse des mains
pour les consoler d'être un
jour incinérées


Caresse des mains
pour les consoler d'être un
jour incinérées
leur peur est compréhensible
elles côtoient tant de rides





               
Coucher du soleil
des ombres chinoises
tapissent un ciel de rêve


Cri d'alarme d'un oiseau
qui n'a pas connu Hérode
un chat rôde


La rhubarbe croit
en quel dieu mon pote
pardon je me reprends, croît


La rhubarbe croit
en quel dieu mon pote
pardon je me repens, croît


Parmi les pissenlits
je vais Chanly sans lys
mais non sans malice





               
Vous avez l'image
à vous d'écrire un haïku
si cela vous botte



Le prunier aux formes
graciles se vêt en mai
d'une robe fine
car il est malgré son genre
de par ses moeurs une fille


Tic tac frénétique
d'une merle noir au bec d'or
car le chat ne dort


La pie en tenue
de religieuse escalade
un tronc non d'église
mais de noyer printanier
pour se rapprocher de Dieu


Entends-tu de chez
toi ce borborygme long
et solennel non?





               
Dernier panneau d'un
triptyque coucher solaire
pas piqué des vers



Chemin de Somzée
par de jeunes cerisiers
et un pré fleuri
de boutons d'or entouré
une alouette berdèle

(en wallon, bèrdèlé : bavarder)


Pluie sur le Giro d'Italia
qui passe en Belgique
Jésus Maria!


Frémissent les fraîches
feuilles du noisetier, s'y
glisse une mésange
charbonnière à la manière
des éminences boraines


Huit étourneaux
me tirent les vers du pré
avec dextérité


Il pleut sur la ville
mais n'ai-je déjà pas lu
cela quelque part?
que les merveilleux nuages
au plus vite déménagent!





               
Pluie sur le Giro
qui passe à Fosses-la-Ville
quel manque de tact!
les gens observent le ciel
du 8 mai d'un gris souris!



Ma voiture rouge
peinte en jaune ce matin
dépôt de pollen


Ce papillon telle
une chauve-souris s'en
va s'en vient sans rien


José Chanly telle
une chauve-souris s'en
va s'en vient pour rien


Plus un poil sur la tête
comme le grand Yul Brynner
dit le docteur





               
Le nouveau Crésus
habite à Fosses-la-Ville
le long d'un champ d'or



Regarde ces fleurs
du marronnier tendrement
dressées me dit-elle
l'image provoque en moi
je ne sais pourquoi l'émoi


J'aurais bien voulu
l'éclairer mais par pudeur
parlai d'une peur
vague indéfinie mais lus
dans ses yeux une lueur


Observe mieux ces
grappes roses fièrement
dressées me fait-elle
en émoi dans une robe
trop blanche, exécute-toi!

---

Du bois fusent deux
notes, le faisan répond
au ronron d'avion


Siècles en couleur
avec la chapelle grise
et le colza d'à
présent d'un jaune éclatant
nous, nous recensons nos ans





               
Lieu de mon enfance
chargé de peine et de joie
en fleurs à présent



La pie de face, en
deuil la môme comme chez
nous dans le passé
tout était noir quand un proche
mort faisait sonner les cloches


Pommier en fleur sous
un beau ciel bleu, la mésange
de même couleur
visite les blancs pétales
vois, il se met à neiger


Des maisons
de Névremont, au fond
derrière un buisson pointilliste


J'ai bu quelques verres
car il a abondamment
plu ce soir d'orage
mais ce n'est pas une excuse
valable, mon pauvre vieux





               
Veux-tu bien venir
jouer au foot avec nous?
me demandent-ils
il nous manque un bouche-trou
fou rire des sacripants



Fête des mères
en famille, maman
n'a jamais tant travaillé


Au-dessus de moi
dansent des éphémères
je sais, nous sommes frères


La fête des mères
fleurs à toutes les fenêtres
le chat s'interroge


A-t-il des soucis?
pas très loquace le coucou
cette année-ci





               
Le verger en fleur
jeune fille en robe blanche
par un beau dimanche



Saveur du chocolat!
la tablette y passe
à mon grand désespoir


Ternes les pruniers
et pommiers feuillus
car leurs fleurs ont disparu


Un merle poursuit
sur le noyer sa merlette
pour faire trempette?


Un merle poursuit
sur le noyer sa merlette
pour faire trempette?
non mon pote répond-il
pour jouer de la trompette


Quête du Graal
je cherche dans le verger
du loriot la présence





               
Chaumont un village
où l'on chôme beaucoup moins
qu'à Marchienne-au-Pont
car les gens font la cueillette
de pommes sur les pommiers



En vingt-quatre heures
le champ de colza a changé
de couleur, plus terne


Est-ce la pluie d'orage?
le champ de colza
a changé de visage


Si je meurs jeune émoi
vieux on s'en foutra
68 ans, trop tard


Chanly cendré dans
quelque temps sous un ciel gris
peut-être, merci


Un merle chante à
qui mieux mieux malgré la pluie
philosophe heureux





               
Cher visiteur ois
ce chant d'un rossignol en
veine de paroles



Le verger n'a plus
sa blancheur de communion
solennelle, amen
le colza son or par l'astre
du jour avivé, ave


Homme et chimpanzé
sont très proches l'un de l'autre
mauvais pour le singe


Dis papy pourquoi
tes cheveux blancs d'hier sont
ce matin tout blonds?
heu! je les colore pour
paraître jeune, tricheur!


Ce chat-ci reluque
depuis cet abri, souris
votre beau châssis
si vous passez par ici
vous aurez bien du souci


Pluie pluie et puis pluie
les limaces toutes grasses
jamais ne s'en lassent
pluie pluie et puis pluie coassent
quelques grenouilles cocasses





               
Ce cerisier fixe
avec convoitise, chère
vos yeux gris souris




L'orage sévit
comme les bombardements
en quarante-quatre
ne sais ni crier maman
ni faire un signe de croix


La maman n'est plus
et le Christ est sur la croix
dans le même état
d'accord, dit l'homme de foi
mais Il ressuscitera





               
Ces chaises font le gros dos
car l'orage gronde
sombre est l'horizon



Il va sur sa vespa
chantonnant c'est extra
le long du colza


Oh champ de colza
terni, où s'en est allé
ton jaune éclatant
dis? et toi l'ami José
dis? où crèche ta jeunesse?





               
Un cimetière à
Tamines saccagé par
la canaille qui
a tué deux fois les gens
fusillés en août 14



Un liseré
ce chant d'oiseau suivi d'autres
le 25 mai s'éveille


Un mois de Marie
sous de fréquentes averses
je vous salue, Pluie


Le chat gris se pose
la question suivante, suis-je
ou non comestible?


Est-ce le petit-
fils qui croît ou le grand-père
qui rétrécit, dis?




               
Le chat se dit en
me voyant ceci, est-il
ou non comestible?



Pourquoi le chat fait
miaou quand notre chien
nous chante wouaf wouaf?
pourquoi papa s'il se blesse
dit non et pas oui dit Dieu?


Le ciel n'en finit
pas du matin au soir d'être
gris puis devient noir


Le ciel n'en finit
pas du soir au matin d'être
noir puis devient gris


Quand il se repose
les mains croisées comme un mort
peureux les décroise





               
Le ciel n'en finit
pas du soir au matin d'être
noir puis devient gris
profitons de l'éclaircie
pour photographier l'éden



Dans la sapinière
logent des roitelets, j'ai
vu l'un d'eux ce soir
il promenait sur la branche
sa tête à triple bandeau


Niagara Falls
envie de ce vieux monsieur
au maigre filet


Quand il se repose
les mains croisées comme un mort
ciel! il les écarte
touche le bois du lit pour
conjurer le mauvais sort


J'observais la grande
aiguille qui galopait
ralentis, ma vieille!


Chute de grêlons
le toit de notre cuisine
change de couleur
toutes blanches ses ardoises
à quand le remonte-pente?


Des pluies continues
en ce mois de mai, y en
a marre des mares





               
Par ces temps de disette
offrons-nous ce paysage
ensoleillé



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