José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : JUILLET 2005

Haïku d'un mois de juillet



               
Canetons sur l'eau
de la Sambre, un tableau digne
de Vasarely

Au revoir, docteur
je rentre rassuré
couperet à l'arrêt

Le ciel a pleuré
toute la nuit, que se passe-
t-il au paradis?

Chacun s'inquiète
surtout de son moi, tous
rêvent de fraternité

Rien ne vient troubler
la feuille blanche si ce
n'est ces quelques mots
sans beaucoup de profondeur
malgré la beauté des sons

Que d'êtres décédés
passés par ce porche
comme moi ce matin...

Matin d'été
sur les hauteurs de Fosses
l'arôme de roses rouges


               
Prologue du tour de France
le coureur se souvient
des jours anciens

Baudelaire envoie
d'un poème en prose ses
merveilleux nuages

Un nouveau jour s'en
va dans le grand sablier
ce 4 juillet
de l'an deux mille cinq à...
mais il est déjà trop tard

Alouette et merle
chantent en duo mais
notre alpiniste a plus de souffle

Un coup de vent et
les bûches bien alignées
dégringolent, vlan!

La limace grimpe
la côte sans dérailleur
dans l'indifférence
bien seule avec sa souffrance
et les risques du métier

Une fourmi rouge
sur l'herbe verte s'attaque
à l'Aubisque, bisque!


               
Trois barques au repos
à l'ombre une foulque joue
de la trompette

Attentats de Londres
certains témoignent, d'autres
sont entre vie et mort

Des gens tuent au nom
d'un dieu qui peut-être
n'existe pas, nom de Dieu!

Papillon violet
sur fleur de haricot de
la même couleur

Lune entre ces fils
la note d'un nocturne
de Frédéric Chopin

Le coq puis le merle
avant le chant vibrant
du troglodyte mignon

Comme s'estompe
la brume matinale les tombes
s'éclairent, brume!

Après les fortes pluies
reluisent comme des limaces
nos ardoises


               
Que d'eau que d'eau me
dit l'ancien bedeau, monsieur
Delvaux, que... que d'eau
hoquette-t-il plus penaud
qu'une poule sous l'averse

Promenade, file
une flèche sans curare
le martin-pêcheur

En ce jour que Dieu
fait ou ne fait pas, le coq
lance un premier cri
deux suivront presque aussitôt
pour le reniement de Pierre

Regarde je suis
en train de pelleter au
bout du nez, peler!

S'en vont dans l'allée
une dame et monsieur X
selon ses bretelles

Le soleil et l'eau
se marient, comme témoin
le martin-pêcheur


               
Deux promeneurs
dans cette rue calme de Namur
tout en couleur

Matinée, une lampe
allumée ne veut faire
son deuil de la nuit

Rue Fumal
où deux Namurois attendent
le bon vouloir d'une porte

Quelle affaire à Liège
tous les poissons sont noyés
disait ma grand-mère
en wallon, plus savoureux
tos les pèchons sont noyis

Vitrival sous la brume
des femmes brunes
me sourient sous un prunier

Une pie sautille
en quête de son dîner
chant d'un coq heureux

Sur un toit la lune
se repose avant
sa promenade nocturne

Malgré le ciel triste
un troglodyte mignon
s'en donne à coeur joie


               
Village sous brume
de jolies femmes brunes
me sourient pour des prunes

Comment résister
au regard appuyé d'une
belle, saint Antoine?
en vous signant répondit
l'ermite venu d'Égypte

Chant du troglodyte
en ce matin du 15
juillet 2005

Cri du faisan durant midi
ne vous empiffrez pas
gens d'ici

Parterre et pensée
pour Campagnan, ce village
de l'Hérault qui nous
accueillit entre ses vignes
havre de paix en quarante

Dans le champ fraîchement coupé
tout blond rôde un chat tout noir
bonsoir

Bière plus pain gris
avec fromage sous ciel
bleu, le paradis

A la mi-juillet
j'entends mes premiers grillons
notes de Provence
en août de l'année dernière
entre Les Baux et Beaucaire


               
Un peu de fraîcheur
mon Dieu! être un court moment
ce poisson d'eau douce!

Chant nourri des cricris
car le soleil aujourd'hui
leur a souri

Dans le ciel voyage
un personnage au visage
pâle, Lune sage

La belle journée
s'éteint avec le coucher
du soleil, moins une

Joli coin de Namur
issu du passé
que le présent fleurit

Que dire qu'on n'ait
dit? qu'écrire de nouveau
sans forcer la note
à la manière d'un Claude
Debussy dans ses Images?


               
Nuages menaçants
malgré les façades
et quelques vaches blanches

Une souris a
frôlé le pneu avant, peut-
être que la queue...

S'envolent des chaumes
les vanneaux huppés, dupés
tel chacun de nous

Froment pour l'hostie
pour le dieu des chrétiens pour
le pain des enfants

J'aurais aimé que
le papillon se posât
sur cette fleur-là

Se meut une forme
sous l'arbre, gracile et sombre
le vif écureuil

Madrid Londres Charm
el-Cheikh pour quelle autre vie
signent-ils ces chèques?


               
J'offre aux visiteurs
du jour, rouges d'émotion
ces coquelicots

Demie de quatre heures
au clocher d'Aisemont
fraîcheur d'un vent d'ouest

Villach une ville
autrichienne? mais c'est à
perdre la boussole

Chant de l'alouette
et cri plaintif du vanneau
au-dessus d'un chaume

A chaque coin d'ombre
un pèlerinage
des psaumes de tourterelles

Chères campanules
du pré, vous tintez au vent
agréables notes

Cris aigres du pic-
vert qui se pose sur l'arbre
hélas! ne le vois


               
Père et fils
même passion pour le silence
fouetté par la truite


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