José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : JUILLET 2001

La plume alerte à tremper dans l'encre bleue de juillet 2001.



J'étais avec Tanguy
près de ce champ de seigle
envol de ramiers


                     
Les roncières en fleur
cachent, révisionnistes
les rails d'Auschwitz

Quel succès!
voyez ces moucherons
pour une musaraigne morte

Des hirondelles rasent
le champ de seigle
en sifflotant un air

La lune campe sur le fil
note d'un nocturne
de Chopin

Rond au-dessus d'un sapin
la lune pâle luit
croassement

Sur ce frêne un battement
le pic actionne
son marteau-pilon

Corbeaux, tristes sires
taisez-vous
oyez le chant du rossignol

Un crottin frais fume
par des mouches harcelé
pincement des narines

Ballet de milliers
d'insectes dévoilé
par le soleil couchant

Chaleur la salade
se renfrogne, une rasade
la déride

Les coqs et pinsons
en réveille-matin
rivalisent d'ardeur

Au rideau de la chambre
l'ombre se balance
c'est une branche

Un champ d'orge offre déjà
quelques fleurs oh
légèreté de l'aire

Un champ de chaume
le corbeau fait le guet
sans tours moyenâgeuses

Un couple, l'homme
longiligne et sa compagne
à l'ample derrière


                     
D'un bisaïeul la photo
mais que sont devenus
tous ces boutons?

La fin d'une journée
avec ce pan de mur
jaune de Vermeer

D'une robe le lobe
d'un sein remplit
l'oeil d'opprobre, nenni!

D'une robe le lobe
d'un sein remplit l'oeil
de reconnaissance

De lourds et noirs nuages
vont et glissent
d'une pluie les prémisses

L'ombellifère debout
fait dodo la tête
contre un poteau

Vitrival enrobé
de fumées bleues
en ce mois des bleuets

Houle dans un champ
de froment, l'alouette
invective le vent

Après l'averse, le sol
fume une cigarette
entre deux flaques

Un ciel sombre à l'ouest
pour gober le soleil
frémissements d'ifs

Une ombellifère sert
de hamac à la mouche
en mouvement

---
Vieux houspillé par sa vieille
j'ai raté tant de belles
pour ça!

Vieille houspillée par son vieux
j'ai raté tant de beaux gars
pour ça!
---

Calme soir de juillet
une voix d'homme
blesse le silence

Ce coq conviant ses amantes
au sommeil chante
la fin du jour

La ronde du martinet
avant les chauves-
souris sous la lune

Le carillon dépose
sur un plateau
les neuf coups vespéraux

Chat en chasse un merle
sonne l'alarme
larmes du souriceau

Il tonne, les feuilles
du bouleau s'évadent
les premières gouttes...

Feu le garde champêtre
déclarait la guerre
aux chardons en fleur

Un autre champ de seigle
ce soir subit le sort
de Louis XVI

Deux fleurs ensanglantées
coquelicots dans l'aire
du froment

Une alouette a des ratés
à preuve, elle tombe
comme la pierre

Une pie grappille
l'herbe dans le pré
fraîchement coiffé

Des champignons dans l'herbe
huttes de Gulliver
à Lilliput

Tu remues allegretto
face au vélo
les pattes, chenille

J'aurais aimé
que le papillon se posât
sur cette fleur rouge
amour de ce subjonctif
imparfait, temps
que je me suis offert

Le ramier qui ne m'a pas
à la bonne actionne
ses réacteurs

Deux papillons blancs
rendent visite aux bleuets
grand bonheur de l'oeil

Les épis alourdis
forment des courbes
voûtes du pain futur

Cris répétés d'un oiseau
le chat ondule dans le pré
danger

Le merle se pose
dépose de la fiente
s'envole plus léger

Homme, ne désespère
même le chardon
possède des fleurs

Le lièvre face à Chanly
fuit surtout tous les haïku
d'iceluy

Quelques lupulines
le long de la voie ferrée
chant du grillon, joie

Dans la nuit ronronne
une moissonneuse
tous phares allumés

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