José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : JANVIER 2005

Haïku d'un mois de janvier




               
Ce banc du premier
janvier nous invite à paresser
pourquoi fuir?

De la cheminée
une fumée grise sort
tel un phylactère
on peut lire ces quelques
mots, que 2005 brille

Saint Basile le
Bienheureux gîte à Moscou
balade de toques

Saint Basile le
Bienheureux à Moscou gîte
en ce 2 janvier

L'Épiphanie, n'ai
plus droit à la fève étant
trop vieux pour la reine

L'Épiphanie, n'ai
plus droit à la fève étant
trop vieux pour la reine
dégustons donc la galette
sans l'émoi des jours anciens

Des bouteilles vides
tous les mots volubiles
s'en sont allés, prosit!

L'enfant au bonnet
donne aux fuligules milouins
un peu de pain


               
La bernache du Canada
recherche des indices
suis-je toujours en Amérique?

La jolie mésange
charbonnière sur la branche
au loin des terrils

Un raz de marée
monstrueux telle une vague
du grand Hokusai
raye de la carte du monde
cent cinquante mille esprits

La pie du pré prie
son dieu bicolore
ce choucas-là son roi nègre

L'un chante l'amour
l'autre la mort en râlant
deux visions du monde

La nuit joue au foot
propulsion du ballon-lune
dans le prunier, goal!

Sous la haie picore
cet oiseau passereau frêle
dans son gilet rouge
trop court, tout son sang s'en va
du côté du coeur en peine


               
Je ne parviens à
quitter cette rive droite
du fleuve, pourquoi?
suis-je en face du Styx? vite
une obole pour Charon

Ce soir le rôdeur
dans le noir voit se mouvoir
bouleaux ou fantômes

La foreuse s'en
prend au mur du corridor
surplus de poussière

Des voix me parviennent
d'une femme et d'un homme
ne menant à Rouen

Le pâle soleil
de janvier éclaire mes
doigts de pianiste

Une feuille morte
de mon soulier gauche éprise
souvenir d'automne

Fosses, quatorze heures
dix le 6 janvier deux mille
cinq, une fumée
sur les hauteurs de la ville
célèbre cette journée


               
Le Père Noël
des mieux fournis en poils
promène sa marmaille

Un bruit sourd...
des oiseaux en pépiant se dispersent
qu'est-ce?

Dans la prairie gît
un ballon, souvenir bleu
d'enfants enjoués

Grand vent
des branches à terre ont perdu
leurs ailes d'anges déchus

Bourrasque
le chat se vante
d'avoir le vent en poupe

A l'horizon
se profile un terril
pour mésanges charbonnières

Sur ce pont de Châtelet
on y roule roule tous
à vélo


               
Vitrival le soir
terre de mes ancêtres
dont les âmes peut-être...

Dans cette ville
mosane tout n’est plus
que luxe calme et volupté

Que d’oies que d’oies blanches
à ne plus savoir qu’en faire
même au Capitole…

Abandonnée sur un banc
cette bouteille de coca
non bue

L’existence…
nuage qui passe en ne laissant
parfois nulle trace

Que vois-je à l'instant
au-dessus de la Sambre?
d'élégants cormorans


               
Le village lentement
s'éveille vers huit heures du mat
c'est bath

Depuis 1907
l'ancêtre sourit sur la photo
c'est trop

Plane à l'instant
au-dessus de la Sambre
un élégant cormoran

Salut à mon visiteur
de Jouy-en-Josas sans
sa baleine

Neige nous vous appelons
enfants et moi
petit petit petit...

Ces moutons qui broutent
pour que les mangeurs de couscous
fassent des prouts

Chemin dessiné
par des pas amoureux, chant
de mésanges bleues
dans un arbre tambourine
enfonçant des clous le pic


               
Fosses-la-Ville un soir
feu les chanoines chantent
le miséréré

Toits de givre sous
la brume qu'un soleil ne
traverse, boudeur

La baignoire emplie
d'eau du ciel, invite-la
nue pour la prière

Les braves gens prient
sainte Brigide d'Irlande
pour leurs animaux
rentrant avec des baguettes
blanches et dûment bénites

Les fleurs fraîchement
écloses jettent un coup
d'oeil par la fenêtre

V'là 2005
de nouveaux repères pour
quel itinéraire?
ne vaut-il pas mieux compère
être un peu sourd et se taire?

Suis amoureux de tuiles
brunes et d'églises au chapeau
pointu


               
Chat en chasse cherche
une souris bien dodue
sous les feuilles mortes

Un paysage à la Monet
reflets sur l'eau
de l'ancienne Sambre

Ne dirait-on pas
une toile impressionniste
mon cher monsieur? heu!

Lune prisonnière
du vieux cerisier... plus d'arbre
de mésanges vives

Au bout du sentier
un bruit saccadé, l'envol
d'une perdrix grise

Cris de mésanges
le long d'un ru sans martin-
pêcheur, pollué


               

Beauté d'un plan d'eau
le ciel s'y mire et ses lents nuages
y voyagent

Le faucon frénétique
fond du ciel sur sa proie
catholique, couic!

Il neige! mon âme
s'éprend de tant de blancheur
le nez épaté
comme celui de l'enfant
contre la claire fenêtre

Le pivert s'approche
très prudemment puis
s'immobilise, feu rouge

Le village, terre
glaise sur laquelle naissent
église et demeures

Dis, quand reverrons-
nous l'anémone sylvie?
l'hiver est si long

Dans ce morne champ
gîteront des alouettes
vivement leurs chants!


               
Un lacis de branches
sur une façade blanche
toit luisant de pluie

Dans la sapinière
logent durant tout l'été
quelques roitelets
à triple bandeau, sisi!
nous sommes heureux ici

Église
tu nous as fait gober des bêtises
mais je t'aime, tu sais

Là, quelques nuages
amarrés aux branches
s'emplissent de neige blanche

Félicien Rops a
foulé cette allée
le fusil en bandoulière

Ils sont solidaires
les oiseaux face au chat qui
rôde, quel ramdam

Sur l'étang voyagent
lentement de blancs nuages
sieste d'un canard

Ce village semble
tout endormi sous la neige
hormis un cheval

Quelques flocons tombent
en cette fin de journée
monte une fumée


               
Dix heures à Fosses
en ce matin neigeux, ville
digne d'un Bruegel

Neige matinale
une bonne moitié de la pie
qui s'efface

Froide lune
malgré tes lueurs d'incendie
tu m'étonnes toujours

La Vierge de Czestochowa
charbonnée par
les fumées d'Auschwitz

En chasse le chat
blanc dans une neige blanche
pantois, les oiseaux

Lancer d'un pêcheur
dits de truite instruite, to
be or not to be

La crécerelle incrédule
tout est blanc, virgule
même un campagnol


               
De la neige naît
ce sourire juvénile
que glissent les luges!

Assis sur un banc
médite un pêcheur absent
où sont les brochets?
sous la glace mangent-ils
de petits poissons débiles?

Les flocons descendent
lentement comme à regret
survol de corbeaux

La neige fond sur
les toits, celui d'Yves fait
de la résistance

Ces foutus fils nous
gâchent la vue, désespoir
de tout photographe

Magnifique site
s'il n'y avait ce hangar
aux sinistres tôles
auquel la buse attribue
avec lenteur un zéro

Un chat maniéré
fait le gros dos en marchant
dans la neige, gay?

La fumée d'un toit
rabattue par le vent d'est
estompe les arbres


               
Plaisir de la glisse
trois jeunes gens s'en reviennent
le traîneau très las

Aigre cri du corbeau
mécontent
de cette neige antinomique

Un matin brumeux
les sapins proches s'estompent
les autres s'effacent
sort de nos défunts selon
la date de leur trépas

Un matin brumeux
les sapins proches s'estompent
les autres s'effacent
sort des chers défunts selon
leur mise en bière, prosit!

Des canards dans l'expectative
face à l'étang gelé
vas-y, toi!

Sur un fil la tourterelle
fait sa toilette, alouette
chante-t-elle

Brume et neige
sous un ciel gris, que nous revienne
la grive musicienne!


               
La ville s'éveille
dans de beaux draps, blancs de neige
sonnerie d'un coq



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