José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : JANVIER 2004

Haïku d'un mois de janvier


D'un hameau noirci
par la nuit montent les cris
de fêtards farcis


               
La neige tombe dru
sur les tombes d'anciens
garçons fous de luges

Des oies cacardent
l'enfant canarde de boules
son bonhomme de neige

D'une cheminée
la première fumée
de l'année, avinée

Tombée du jour
la barrière résonne
c'est la rentrée des traîneaux

Tache jaune dans la neige
une mésange picore
quelques miettes

Le bout du bec blanc
la pie à demi-gommée
par la neige mange

Un feu d'artifice
2004 annonce
son cortège de misères


               
Dans la neige naissent
des tulipes rouge sang
filles du soleil

Deux beaux oiseaux bleus
se posent sous la mangeoire
des geais querelleurs

Des pas dans la neige
traces de notre passage
Claude Debussy

Dans la bonne ville
de Bruges, les luges glissent
le long des canaux

J'écluse une bière
anglaise plus aisément
qu'une eau plate, brune

La prairie retrouve
ses couleurs d'avant la neige
et ses taupinières


               
Deux promeneurs s'en
vont le long des berges grises
d'une Sambre émue

Des canards s'agitent
blancs au-dessus de Salzinne
pluie fine et tenace

Mon père et ma mère
deux êtres qui devraient m'être
chers sont morts sans bruit
comme si je me servais
d'eux pour traverser le temps

Les Rois mages ont
bercé notre enfance, l'or
la myrrhe et l'encens
Melchior Balthazar et
Gaspar ouvrant leurs trésors

Sous l'arbre d'hiver
se meuvent légères
deux mésanges charbonnières


               
Beauté des demeures
quand leurs fenêtres s'éclairent
dans la nuit, mystères

Le vent à la Sainte-
Gudule annonce la pluie
de l'après-midi
des poules et coq picorent
dans un somptueux décor

De l'émoi ce soir
six ou sept biches paisibles
paissent près d'un bois

Bruits précipités
de la pluie, miaulement
du vent qui m'agréent

Au lever, des borborygmes
les chants d'un coq
et du radiateur

Un violent coup de vent
mais aucune feuille
ne s'envole, l'hiver

Le ténébreux nuage
traverse un ciel matinal
soleil gobé

L'astre fore sa place
dans la masse nuageuse
incandescence

Comme la tache
d'encre sur un buvard
la couche des nuages s'étend


               
La dame promène
son parapluie le long d'une rivière
que d'eau!

Feuillets du calendrier
l'un s'en va, l'autre s'en vient
sainte Alix

Ah le Rio Grande del Norte
frontière naturelle
ô gué!

Le Fuji-Yama
d'une région charbonnière
terril? taupinière?

Saint Hilaire hilare
en ce treize janvier deux
mille quatre, pluie

Un ciel gris souris
pâlit la robe du chat
blanc, fuite d'un merle


               
Bourrasque de vent
sur les berges de la Sambre
bris de branches mortes

Avec cet air mi-
figue mi-raisin j'ai presque
de quoi déjeuner

Du sud la menace
se précise, venue lente
de nuages sombres

Ces nuages d'encre
vont visiter les pupitres
des défuntes classes

Le soleil n'est plus
caché par cette marée
haute, plus d'estran


               
L'arc-en-ciel clôt
une journée morose
après la peine la rose

Passe le nuage
et le cher visage comme
d'un missel l'usage

Un tel est mort
des éloges à n'en plus
savoir qu'en faire, oubli

Dans l'allée m'attend
un violent vent d'ouest, pluie
de ronds dans les mares

Un faire-part s'évade
de ma boîte aux lettres
mort qui ne veut s'étendre


               
Un peu de neige
un peu d'amour à l'ancienne
quand blanche était l'élue

Cet homme promène
son chien ou l'inverse, tous
deux tenus en laisse

Du home pour vieux
nous parviennent des lumières
d'au-delà, soupirs

Les parapluies croissent
comme cèpes sous l'averse
oh, le beau chignon

Coule la Meuse
grosse des pluies de janvier
cris noirs des cormorans

J'écris ce tanka
pour Evenepoel, un peintre
mort à vingt-sept ans
qui sauva du vil oubli
le visage d'Henriette

Dinant la jolie
plusieurs fois cité martyre
oh, ducs de Bourgogne

Dans la neige un geai
en quête de nourriture
envol coloré


               
Symphonie de bruns
avec ces tuiles et briques
le chêne et Bruegel

Hanzinelle et sa place
où l'été s'en viennent
des demoiselles, vertes

Aisemont, tu parles
d'une promenade aisée
pour gravir la côte

Elle respire de moins
en moins par à-coups
puis c'est tout, la mort

La buse s'amuse
à dessiner des cercles
que le corbeau déteste


               
Tombée de la nuit
la brume enrobe des choses
quelques cris épars

Cette poudre blanche
flocons boules de neige
bonshommes au nez rouge

Le rouge-gorge
dort sur une branche
sa couleur préférée en poche

Un feuillet s'enlève
ce 27 janvier, déjà
feuillets dents cheveux

Ah l'arôme du café
j'en souris d'aise
à mon lever

La drève de Belgrade
avec ses pavés de Roubaix
ça me botte


               
La Pentecôte
sur la drève ensoleillée
ces arbres et pavés

Tableau pointilliste
que ces flocons en voyage
délicieux Seurat

L'église au milieu
de la ville s'offre
une virginité, neige

Une lourde buse
quitte à regret sa proie, corps
mort... ensanglanté

La pie en demi-
deuil se pose sur la cime
d'un sapin qui plie

Dans la neige
des corbeaux picorent
taches noires sur la nappe blanche

Il se tord le cou
chaque fois qu'il lance son
slogan le coq blanc


               
Dans la nuit noire
chute de flocons ne pouvant
être que blancs, chiche!



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