José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : FEVRIER 2007

Haïku d'un mois de février




               
Apparition de cygnes
noirs d'une élégance
rare, haro sur le Blanc


Le Blanc quelque peu
rabougri, soixante-huit
ans n'en veut aux cygnes
puisqu'il les loge avec ses
haïku et futurs tankas



Les maisons s'estompent
jusqu'à ne plus ressembler
qu'à des ombres, brume


Elle passe avec
un parapluie et la laisse
de son chien qui freine
a-t-il flairé une crotte
ou se plaint-il de la trotte?


Notre noyer sous
la brume recouvert deux
fois, lire et relire


Une voiture passe
et le temps
et l'envie de tout chambouler


Cris métalliques
du merle, chaque soir
il remonte son réveil





               
Chapelle érigée
en l'honneur de saint Roch né
dans l'Hérault, sauvé
par un brave chien pour qu'il
nous protège de la peste



Chandeleur, l'hiver
s'arrête ou reprend vigueur
mais il n'est pas là
pas un seul petit flocon
pour saluer sa venue


Ce jour des milliers
de crêpes vont s'envoler
combien de loupés?


Ce jour des milliers
de crêpes vont s'envoler
combien dans la poêle
après ces sauts périlleux?
on rit beaucoup dans les cieux


Cet arbre nu réclame
ses feuilles qui ne comptent pas
pour des prunes


Notre rouge-gorge
est venu se poser sur
l'appui de fenêtre
nous nous sommes regardés
avec beaucoup de tendresse





               
La Lesse un dimanche
matin sous la brume
un héron lentement rame



Sur le pont de Han-
sur-Lesse par mots et gestes
sans cesse on digresse


Un lama vivant
à Belvaux m'observe avec
un certain dédain
si fier qu'il irait jusqu'à
me cracher à la figure


La fumée grise grosse
comme une limace
sort de la cheminée


La vie suit son cours
car notre facteur descend
de sa motorette
des gens meurent en Irak
lirai-je dans ma gazette


C'est de la dentelle
de Malines sur les arbres
du verger, féerie





               
C'est de la dentelle
de Malines sur les arbres
du verger, féerie
ne manque qu'une sonate
de Ludwig van Beethoven


("Les origines des Beethoven : Au XV siècle, il y avait des Beethoven à Limbourg et à Liège. Au XVI, dans plusieurs villages du Brabant : Leefdael, Rotselaer, Bertem, Haecht, Neder Ockerzeel... Puis les familles s'installèrent dans les villes : Malines, Louvain, Anvers.")


Ce temps précieux à
des futilités voué
qu'il est mal géré!


Rien à signaler
mon vieux cerveau ne veut plus
produire de vers
pas de haïku aujourd'hui
mais un laborieux tanka


Il pleut il vente
mais l'oiseau sur la branche
n'en a cure car il chante


Le noisetier change
de couleur comme Solange
quand on la louange
oh, les beaux seins que voilà
l'écrevisse en sourit d'aise


A moitié gommées
toutes ces pies du verger
quand sévit la neige





               
Mettet sous la neige
comme du temps de Breughel
manquent les chasseurs
et leurs chiens féroces, où
sont passés les daims d'antan?



La rue du Postil
y vécurent tant de gens
connus, disparus


J'aime Râ Isis
et Osiris sans omettre
d'accueillantes cuisses
six, chiffre porte-bonheur
et non Seth l'agent du Mal


L'hiver touche à sa fin
ce tas de bois et de branches
le prouve, au feu!


Pour toi ce jour mène
vers plus de maturité
pour moi ce jour mène
vers plus de décrépitude
dit l'aïeul au petit-fils


Tout mouillés les perce-neige
nos crocus ont sorti
leurs parapluies





               
Deux villages aux
clochers parallèles, leurs
coqs chantent en choeur



Françoise promène
son chien, champignon mouvant
sous le parapluie


Crois avoir ouï
une alouette au sol, re
mi fa sol la si


Webcams, nous pouvons
voyager à Montréal
ou fouler le sol
blanc de New-York à Times Square
neige! neige! en Amérique


Saint Valentin, deux
alouettes se chamaillent
amoureusement


Avant je m'offrais
des pompes, maintenant je
penche vers la tombe





               
Un grand reporter
s'expose à tous les dangers
rhume grippe arthrose



La terre labourée
et grasse sous les pluies d'hiver
que de vers!


Malgré un fort vent
de l'alouette des champs
les trilles j'entends


(le 16 février)


Des plumes de tourterelle
dans la sapinière
repas d'un rapace


Sur l'écran du poêle
un chenet avec les flammes
se met à danser
quid du verre de Guiness
que je viens d'écluser, est-ce?


Tiens, le premier chant
du pinson sorti de son
cahier de brouillon





               
Crois avoir ouï
une alouette au sol, re
mi fa sol la si
ne manque que le do qui
s'insurge, pourquoi pas moi?



Je souris d'aise
dans ma Suzuki, la peau jaune
sous des cheveux noirs


Brume ce matin
s'amène une jeune fille
encapuchonnée


Choucas sur le fil
des tourterelles déplumées
par un rapace


Ces arbres se sont
égarés dans le brouillard
cris d'une corneille


Brûlé le bonhomme
hiver par les tout nouveaux
mariés, en musique
mais n'y a-t-il pas maldonne?
personne n'a vu cet homme





               
Dansez dansez folle
jeunesse brûlez-vous au
beau feu de l'amour



DAIGNEZ AGREER MON BONSOIR

C'est un samedi de février
d'une extraordinaire douceur
beaucoup de promeneurs
cet après-midi
dans les rues de Namur

J'y achète deux anthologies
et remarque en rentrant
que j'ai déjà dans ma bibliothèque
l'une d'elles
celle qui se rapporte aux haïku
coucou Alzheimer!

Le soir nous nous rendons
rue de l'abattoir
pour assister...
Dieu m'en préserve!
au grand feu - superbe!

On brûle le bonhomme hiver
que l'on n'a pas encore vu cette année
comment a-t-on pu l'attraper?
mystère aussi profond
que l'Immaculée Conception

Des jeunes gens dansent autour
des flammes
qu'ils en profitent
tant que leurs jambes le leur permettent

Je rentre seul
par l'avenue des combattants
il y a un demi-siècle
je remontais la même rue
en écoutant dans mon crâne
et avec une certaine angoisse
le cliquetis d'un os

Depuis plus rien
le gars fait la grève
comme beaucoup de Wallons
tant mieux pour l'
osmobile
tant pis pour notre économie
un p'tit bonjour en passant
à ma Suzuki Jimny
que j'aime comme une femme

L'horloge sonne
il est 21 heures trente
à Fosses-la-Ville
daignez agréer mon bonsoir

17-02-2007





               
Le soir nous nous rendons
rue de l'abattoir
pour assister...
Dieu m'en préserve!
au grand feu - superbe!



J'entendrai en mai
le même coucou avec
le même sourire


Lecture de Basho
plus érudit je suis
grâce à cet ami


Chant précoce
du pinson qui se croit
en mars le 19 février


Dépôt de fumier
interdit dit la pancarte
ouvrons les fenêtres


A ma vue le merle
piète puis s'envole en criaillant
sacripant!





               
Le jour du mardi
gras récolte d'oeufs pour la
grande fricassée



Longues longues ombres
cette journée assombrie
vers la sortie glisse


L'alouette vibre
pour des prunes, même pas
une jolie brune
pour écouter sa chanson
là-haut près de saint Simon


---
Journée printanière
en hiver
des maisons qui m'ont entendu naître

Quand? le 11 juin
dix-neuf cent trente-huit du
temps où le sieur
Hitler avec son gosier
hurlait des insanités
---


Partie de ping-pong
en chinois pour la couleur
locale, zàijàn!





               
Des jumelles aux
façades moyenâgeuses
à Fosses-la-Ville
qui connut bien des histoires
de saint Feuillen à nos jours



Pluie sur les pavés
un jeune homme arpente les
ruelles du coin
coin! chantent tous les canards
barbotant dans l'Ourthe en crue

(Durbuy, le 25 février)


Offoux
où je reviens souventes fois
en pays de connaissance


Mahler
aux symphonies si germaniques
vous étiez bon pour Auschwitz


Repu je digère
avec un certain remords
combien d'enfants morts
de faim à travers le monde
de gens d'avoir trop mangé?


Sous un ciel gris
des personnes grises
débitent des paroles grises





               
A Durbuy
sous une fine pluie
il arbore un parapluie jaune



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