José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : FEVRIER 2005

Haïku d'un mois de février




               
Un arbre tronqué
près d'une rivière où glissent
des foulques, dégel

La neige s'en est
allée, le parterre attend
ses premières fleurs
une assemblée de crocus
et les vaillants perce-neige

Les deux tourterelles
sur le fil s'épouillent
fumée d'une cheminée

Monsieur Tourterelle
bombe le torse, bigre!
s'abaisse et se relève

Toits à grise mine
car il pleuvine, avez-vous
une rime en ine?

Le vent cingle cet
arbre puni d'avoir fourni
la sainte croix

Dans croix il y a
cri, mon Dieu pourquoi m'avez-
vous abandonné?


               
A la Chandeleur
de nombreuses crêpes
s'envoient en l'air, hop là!

Cerisier coupé
il ne viendra plus chanter
notre troglodyte
mignon, sa voix énergique
galvanisait le quartier

Dans le noir
passe un corbeau noir
je félicite mes yeux, chapeau!

La tourterelle grise
sous un ciel gris curieusement
se colore

A importer dans
un funérarium, kroa?
le cri du corbeau

La cheminée fume
entourée de tuiles brunes
murmure du ru

L'ennui de la luge
dans sa remise
du petit-fils dans sa chemise


               
A Cocriamont
on y épargne y épargne
tous ses picaillons

Suis un chasseur d'images
déboulé du lièvre à mes pieds
t'es myope?

Femme lapidée
pour avoir enfanté sans
mari, le papa
bien entendu relaxé
son ventre n'ayant enflé

De l'allée j'entends
l'oiseau jouant du marteau
résonne le bois

De la maison sort
une fumée blanche? non
grise car un coq
annonce que Jean-Paul II
va, Dieu merci, beaucoup mieux

Impression que le pinson
se remet à chanter
oubli de notes?

Fenêtres perlées
sous toits luisants, la fumée
lentement s'élève


               
L'herbe du verger
blanche de givre, un cheval
frappé de stupeur

Au merle ce pote
qui vénère mes vers, à
quand ce chant divin?

Voilées par la brume
de l'aube, ces maisons du
val aux toits givrés

Le grand cormoran
plonge en quête de poissons
jusqu'au fond de l'eau
comme moi les jours de grosse
déprime, ô ma cormorane!

Hauteurs de Walcourt
une tulipe parmi
les maisons d'hiver

Jour de pluie
les ardoises grises
sous un ciel mouvant reluisent

Onze heures onze à
bien prononcer cher monsieur
en ce jour de pluie
qui voit les ardoises grises
sous un ciel mouvant reluire


               
Chance que Laura
soit là pour rentrer le bois
à côté de moi

Le plaisant et bleu parapluie
affronte un crachin
oh! le vilain

Premier sifflement
du merle, une merveille
ce soir de février

Crépitements suite
au sacrifice de la bûche
bonheur du feu

Il pleut, il vente
la mort des autres me hante
quid de l'enfer de Dante?

Je bois une blonde
dans l'attente d'une bière
garçon, une brune!

Un cheval au dos enneigé
sous l'averse hivernale
tels ces toits

Chic! j'ois dans le sous-
bois la demande du pic
toc toc! puis-je entrer?


               
Sur le pont de Maison
on y passe on y passe
un dimanche bleu

Ces deux choucas-là
sortent, nés de la fumée
d'une cheminée

Dans l'âtre un feu brûle
feu venu de la Géhenne
Bashevis Singer!

Mercredis d'antan!
je rentrais avec au front
une croix des cendres
symbole dont les Églises
sont friandes, pauvres cloches!

Tempête de neige
de ce verger les arbres
s'estompent tant ça tombe

Un vin des Charentes
deux ou trois bûches ardentes
les ronds d'un havane...
c'est le paradis sur l'heure
sans dogmes ni sacrements

Moi, je suis mi-neige
mi-deuil proclame la pie
toujours à la mode

Dans le vieux verger
du chablis, sur mon épaule
un long cheveu gris

Les phares éclairent
une biche qui s'enfuit
beauté de la nuit


               
Dix-huit heures moins
le quart, premières lumières
en ce soir d'hiver
sur les hauteurs de la ville
quelques pans de neige campent

Mettet ce matin
de février, le soleil
transperce la brume

Un être sans dates
je serais qu'on ne vit ni
mourir ni vagir
qui ne veut petite pierre
être pour bâtir l'Église

La pauvre araignée
si confiante, si souvent
par peur écrasée

Pas de hérissons
morts sur les routes en ce
moment, ils hibernent
dormez bien, chers mammifères
votre réveil est à risques

Un promeur parle
à sa moustache, ça va?
trop de poils dit-elle


               
Deux chevaux au pré
l'un tout blanc, l'autre plus circonspect
s'offre un pet

Le rouge-gorge au
pied du noisetier qu'il semble
prendre pour le mur
des lamentations s'abaisse
puis aussitôt se relève

Ohé les amis
j'ai entendu ce midi
chanter l'alouette

Comme c'est étrange
la vie, je dîne demain
des bêtes me mangent

Fosses sous la neige
ce samedi matin, là
sort une fumée
ni grise ni blanche car
le pape a repris les rênes

Flocons qui serez
sources de sourires de cris
d'enfants, dansez


               
Toile surréaliste
avec fleurs visages
toits et beau vase jaune

Un chat marche avec
précaution dans la neige, où
sont les souris blanches?

Cet après-midi
passe une carriole, celle
du père Juniet
peinte par un douanier
dont l'arme était un pinceau

Vole un héron au
long bec marmonne l'enfant
à la tête grise

La carotte du bonhomme
de neige est tombée
plus de nez, dégel

La nuit s'insinue
dans les pièces, lente chute
de quelques volets

Des corneilles traversent
l'air criblé de flocons
que de collisions!

Comme il neigeote
depuis ce matin, j'ose
dire qu'un voisin crachote

Les terrils, vestiges
dus à ces mineurs de fond
se couvrent de blanc


               
L'un dit bonjour
l'autre bonne nuit mais
le soir ils dansent ensemble

Le village revêt
son manteau de neige, oh
l'envol d'un héron

Les routes sont sèches
certains sentiers enneigés
à l'ombre d'un mur

Le chat qui n'a pas
lu l'ours devant l'oiseau s'en
lèche les babines

La minute à tout
jamais ensevelie dans
les neiges d'antan
dix heures une en ce vingt-
sept février de l'an cinq

Dans le silence s'élève
le cri rauque d'un faisan
là, du coq

Un chat au ventre blanc
promène son pelage sombre
dans la neige

La cloche du soir
énerve les oies corneilles
et choucas criards
monsieur Lebon se rend sans
doute à l'office divin


               
Oret nous offre
ses montagnes russes
et ses piquets bien alignés



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