José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : FEVRIER 2001

Des faits mineurs (?) poétisés.



Un peu de givre
sel perdu sur la nappe
saupoudre la voie

Un choucas se dandine
dans le pré, picore
repart sans hâte

A exporter
dans une mortuaire
quoi? les cris du corbeau

Les traces d'un cheval
ressuscitent le bisaïeul
sabotier

Soleil et brume
se disputent la vallée
le chant d'un coq

Un bruit dans la nuit
d'armoire, d'insecte
d'esprit qui rend visite?

Il neige
le bois crépite dans le poêle
j'arrive, dit-elle


                     
Le jardin vire au blanc
sous les flocons
s'envole une demi-pie

Demain, la Chandeleur
les perce-neige exhibent
leurs lances blanches

La Sambre mange
les flocons de neige
sans changer de couleur

Le vent flagelle l'arbre
puni d'avoir fourni
la sainte croix

Dans croix il y a cri
mon Dieu, pourquoi
m'as-tu abandonné?

L'eau de la source
comme un dindon glougloute
alors que l'oie cacarde

La pluie cingle la baie
des volets claquent
oh, douceur du bureau

Quand les seins rebiquent
je rêve de liberté
de don de soi

Sous le ciel gris le cerisier
dessine les sources
de grands fleuves

Les branches du Nil
le Gange sans ses bûchers
le Brahmapoutre...

Les ardoises de la cuisine...
un dos de poisson
me faisant la leçon

Un pin tout pareil
à ceux de Bure chu
comme mes chers aïeux

Je gravis le raidillon
à contre-vagues
avec Hokusaï


                     
Le corbeau tout ébouriffé
s'oppose à la colère
du vent

Lumières des voisins
par intermittence
quelques branches dansent

Sur les branches d'un noisetier
sèchent des chatons
trois choucas planent

Le petit toit de la voiture
rouge peint en blanc
gel nocturne

Le maïs non coupé
crépite sous le vent
cri d'une perdrix

Un lapin déboule
queue battant la mesure
vlan! deux perdreaux...

La perdrix grise piète
s'envole, glisse
telle une soucoupe

Sous les chatons du noisetier
des perce-neige
dans l'herbe luisent

Lourds et lents nuages...
deux choucas campent
sur le faîte d'un toit

Merle en quête de vers
la feuille tressaute
sous les coups de bec

Ah, rat qui rit jaune
en traversant la route
éclairé par des phares

Suis à l'écoute
de l'alouette
qui ne veut conter fleurette

Ce soir de février
des corbeaux freux
sonnent l'extinction des feux

Le grimpereau des jardins
décrit des ronds
sans rime ni raison

Ois les trilles tant attendues
de l'alouette
qui s'enivre!

Quelques corbeaux inspirés
cherchent des vers
riches en protéines

Un noisetier tranche
sur ses confrères
grâce à ses chatons verts

Une brebis, clochette au cou
sonne l'angélus
partout, la brume

Les flocons s'impriment
dans le vert des pins
crépitements de l'âtre

Pas une âme sur les bords
enneigés de l'étang
les poissons chantent

Voix dans le creux du val
blanc de neige
l'homme pousse une brouette

Les flocons virevoltent
éveillant la chanson
de mère-grand

Matin de neige
tachetée de noir
choucas, merles et pies

Merveilleux buisson d'hiver
peint par la neige
jeune fille en blanc

Le soleil brille
l'arbre libère des flocons
chant de mésange

Retour à l'An 2001            Retour au Menu Principal