José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

     éros                           José Chanly     


    
       

        SOUS LES DEUX ESPECES     
Quand se meut avec
art ton popotin
je me fais chrétien
pour la bonne cause
voulant communier
sous les deux espèces
ta salive-vin
ton corps comme pain
sur le grand autel
d'une sainte église
où sans ta chemise
tu dirais tout bas
vite mange-moi



     LE JEU     

Je ne puis vous voir
jouer plus longtemps, madame
ce maillot mouillé
vous moule si joliment
transparents sont mes péchés



     DON JUAN DE MARAÑA     

Je vis venir
le long du Guadalquivir
une duègne et
deux superbes filles
de Séville
l'une blonde
l'autre blond cendré...
pour faire naître
sur vos lèvres vermeilles
ce sourire qui fut mien
devant tous ces trésors
également répartis
surtout chez la plus jeune
doña Teresa de Ojeda
Je les vis venir
le long du fleuve qui vire
alors qu'un violent coup
de vent
soulevait leurs basquines
et je crus entrevoir
vision cé-leste
des corps jumeaux
égrenant les yeux baissés
sur un sourire d'ange
un chapelet jaune d'ambre



     Jouvencelle aux longs cheveux     
cavale des steppes
mes étriers!



L'AVEU

J'aime
le chuchotis
de la pluie
celui
du feu
dans la nuit
noire
        quand
de tes lèvres
énamourées...
Qu'entends-je?
tu m'aimes
à la folie
folie...
et pour
toujours?
mais
ne serais-tu
pas
mon ange
     un peu vautour?     
J'aime
le chuchotis
du feu
dans la nuit
noire
        quand
de tes lèvres
absentes...



Certains soirs
s'envolent de sa couche
     d'oblongs et capiteux péchés     



LA PSYCHE

Bonjour, toi!
pourquoi ce visage
en feu? déjà?
miroir
meus-toi prudemm...
arrête!
vois ces grappes
dont on extrait
     le vin le plus capiteux     
cépage sous-entend
la greffe
                dit-on
Psyché
poursuis donc
ton cours volage
voilà
l'ample bassin
sans poissons rouges
et l'arche
de ses jambes
frétillant
comme truites
sous l'aiguillon
de l'hameçon
a-t-elle ouï
la leçon?
Miroir
si nous rebroussions
chemin?
les raisins
sont-ils mûrs?
et dans le regard
un tantinet
                   hagard
capterai-je
une lueur de détresse?
Reste!
supplie-t-elle
toute ruisselante de désir
ferre! et me mange!



     Quand les seins rebiquent     
je rêve de liberté
de don de soi



DANAE
        (d'après Gustave Klimt)

ô belle enfant
d'un certain âge
qui semblez sagement
dormir
auréolée d'or et d'argent
tu me plais
avec tes cuisses épanouies
de la couleur
des joues
                    rubicondes
      ah les franchir
      en toute impunité
      en s'écriant
      alea jacta est
     avec la cambrure large et ronde     
comme un brugnon
et le visage
sous l'égide de quel orage
de quelle hégire
que survole
blond vénitien
l'ample et royale chevelure
      ah te goûter en gondole
      sous un ciel clouté
      avec le clapotis des vénérables
      vagues
                    et voir
      au moment de l'extase
      la pluie d'étoiles
      entre tes jambes-lyres
      tirelirer à tire-d'aile



Elle était ma Danaé
     j'étais sa pluie d'or     
quand elle mourait



CONFIDENCES

Suis dans un port
selon mon coeur
           ancré
tu es la mer éternelle
jouant au flux
           au reflux
le vent se lève sur
nos lèvres
     nous voguons vers Cythère     
suis en mer
tu es en moi
jouant au flux
           au reflux
mais
n'en puis plus
et me repose serein
sur la plage de tes seins
Tu me murmures :
           "Je t'aime
et n'ai jamais...
- Mes mots
te serviront d'écho
ô mon amour
au goût d'algues
et de coquillages
           "Je t'aime
et n'ai jamais...



     Fleur du marronnier     
fièrement dressée
comme toi chantait l'aimée



           J'AIME

ton corps
lorsqu'il est chaud
lorsqu'il a
dans le lit
longuement cuit
à l'étouffée
à la manière des vahinés

           j'aime
car me sens
alors
l'âme d'un violoncelliste
pour te jouer des airs
de Liszt
ou de Schubert
dont les effets s'avèrent
un rien pervers

           j'aime
ton corps
lorsqu'il est chaud
qu'il enfle
qu'il frétille
sous les ondes du plaisir
en chantonnant
une mélopée
et que la chantepleure...

           j'aime
lorsqu'il se rend
en m'étreignant
à m'étouffer
lorsqu'il a cuit
à l'étouffée
     à la manière des vahinés     

           j'aime...



     Baignoire emplie d'eau     
du ciel invite-la nue
s'il te plaît pour quelle
prière autre? tendre amie
qu'un je vous salue Marie?

Cette naïade à
l'oeillade coquine enjambe
la cuve et me dit
saute-moi barjot! de la
même manière, plaît-il?



PHANTASME

Tous deux assis
nus
sur une chaise
toi sur moi...
devant un grand miroir
Sciemment impolie
tu m'offres
ton dos
et tout les reste
me souffles-tu
dans un soupir
unie
à ma chair
par un cordon
non ombilical
     devant ce grand miroir     
ovale
que j'utilise
en épiant
sur ton visage
chagrin
la morsure
du plaisir
Les mains libres
explorent
ton corps
qui roucoule
    tangue
    roule
    tressaute
puis explose
dans une envolée
de cris
de pleurs
et de ravissements
tous deux assis
nus
tels deux épis
courbés par le vent



D'une robe le lobe
d'un sein remplit
     l'oeil d'opprobre, nenni!     



LE DESIR

Ah!
qu'il pleuve
           pleuve
sur son maillot
collant!

que les formes
surgissent
du fond de l'océan!

hélas
hélas
désespérément bleu
le ciel m'en veut

ah!
moins qu'elle n'oublie
sous cette chaleur
torride
(Phébus
chasse-nous
ces cumulo-nimbus!)
son sculptural maillot
vieillot...

que ses courbes
nues
nûment
se lovent
     au fin fond de mes yeux!     

qu'il rayonne ou
           pleuve
mais qu'elle s'offre
comme une pêche mûre

car j'adore
les fruits
que l'on déguste
les yeux écarquillés
avec sur les papilles
ô filles
un avant-goût
d'éternité



     La jeune fille se penche     
de façon charmante
au feu!



     LE VASE DE SOISSONS     

Comme le vieux
cerisier
planté par les aïeuls
mon corps
bourgeonne encore
Daigne donc tel
un soleil
le réchauffer
de tes mains
mon amour

car ce dieu
(mais le fut-il
jamais
à tes yeux?)
sera
sous le poids
des ans
source de soucis
et de métamorphoses
séniles

Il va courber
la tête et l'échine
et le sexe
tel un ex-fier
Sicambre
Daigne donc
caresser ce corps
qui bourgeonne
encore
un tant soit peu
mon amour

car l'irascible
Clovis
a comme jadis
     fourbi sa francisque     



Ah, l'ombre du merisier
     qui m'accueille aussi fraîche     
qu'un baiser



PUIS-JE?

     Puis-je entrouvrir votre corsage     
pour égayer le paysage
sans plus?
puis l'effleurer des lèvres
en signe d'amour
sans plus?
j'aimerais tant vous délivrer
d'une robe qui vous étouffe
sans plus?
vous demander d'entrer en vous
pour m'y perdre sans plus?
puis-je?


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