José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.
 
*** José Chanly ***
 
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Le petit monde merveilleux des haïku : DECEMBRE 2006
Haïku et Tankas d'un mois de décembre
 
 
On passe sans rechigner
de novembre en décembre
malgré l'enjeu
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En prenant de l'âge
on chope différentes choses
un rien moroses
Un verre de bière
pour se sentir vraiment bien
afin d'oublier
la sénilité qui guette
déjà les gens de notre âge
("En Belgique, lit-on dans le "Vers l'Avenir" du 30 novembre,
9 % des personnes de plus de 65 ans - diantre! - sont démentes...")
Un verre ai-je dit
pas deux mon pote amateur
de pots bien mousseux
car la cirrhose t'épie
et l'arthrose et... et la bière!
Mes pantoufles brunes
usées comme les chaussures
de Van Gogh, moins chères
ne passeront pas l'hiver
y aurait-il un musée?
 
 
La nature lance
des confettis en l'honneur
de l'automne, la conne
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Tel un arbre
mon calendrier perd ses feuilles
mais en toute saison
Fenêtres perlées
la pluie a pris possession
d'un jour de décembre
Château de Thozée
sur l'un de ses murs d'enceinte
il court comme en août
l'écureuil roux tout heureux
de gambader en décembre
La nuit très tôt tombe
un rapace de même
sur quelle proie? mon Dieu!
La Meuse sourit
d'aise près de Namur tant
la rive est jolie
 
 
Pluie dans les allées
j'aperçois Rops à Thozée
le fusil chargé
pour tuer un faisan vu
hier et que j'ai caché
|
Tant de gens ne mangent
pas assez quand nous mourons
d'avoir trop bouffé
De nos oiseaux d'été
demeure un geai
en état d'ébriété
Il ventait très fort
ce soir lorsque Rutebeuf
m'envoya un fax
pour se plaindre de tous ses
amis qui auraient failli
Un faisan s'enfuit
la tête haute pour ne
pas perdre la face
Le vent interprète
à travers la sapinière
des airs de Wagner
 
 
Dans la brume naissent
des arbres nus nonobstant
ces feuilles de vigne
|
Le GSM
mon unique ange gardien
quoi qu'en pensent certains
Il devient un peu
sourd notre chat à l'instar
de tante Héloïse
---
(Héloïse Lorent : 1901-1991)
---
Ah, quand miaule le vent
je mange sur-le-champ
du Kit et Kat
Comme il vente et pleut
j'ouvre le parapluie pour
voyager chez moi
ce qui fait sourire et rire
quelques voisins tout mouillés
L'eau coule sur la vitre
en stalactites, jamais
en stalagmites
Vent pluie mares flaques
tout pour nous rendre patraques
tels des stalactites
nos épouses nous observent
l'oeil égrillard et narquois
 
 
De la cheminée
s'échappe un phylactère où
est écrit que d'eau!
que d'eau! mais une bourrasque
disperse toutes ses lettres
|
Je n'ai point d'amis
et ne puis donc dire aussi
bien que Rutebeuf
qu'un vent mauvais me les a
emportés n'étant pas nés
Ce chien, le caca
parti pédale avec joie
tel un Ocaña
que le coureur ne m'en veuille
car c'est la faute à la rime
Un nouveau dimanche
s'amène sans crier gare
pressé par le temps
On dresse la tente
pour loger l'Enfant Jésus
vois ce beau drap blanc
pâle copie de son âme
mage, offrons-lui ces pensées
Un soir de décembre
j'ai invité Utrillo
près de ce coin d'eau
y tremblotait le halo
d'une lampe jaune d'ambre
 
 
Autour du village
se meuvent des tentacules
pour tous invisibles
sauf pour l'auteur de l'image
qui est tout sauf ridicule
Méfiez-vous donc chers
Vitrivalois, il en va
de votre quiétude
ne laissez plus entre chienne
et louve sortir vos filles
|
Triste certitude
qu'il n'y a rien après moi
cendres exceptées
mais joie de ne redouter
l'ennui de ce paradis
Des toits blancs de givre
un ciel d'un bleu lumineux
poussin hors de l'oeuf
Blanc de givre ce paysage
qui a pris de Noël
le visage
Hameau de Thozée
qui surplombe le château
picorent des poules
loin du trafic bruxellois
mais non pas de quelques oies
 
 
Près de la rivière
s'allument des réverbères
pour que nos poissons
puissent sans trop de problèmes
circuler durant la nuit
|
J'aime toutes ces
scènes d'un autre âge qui
se foutent pas mal
des outrages du temps tel
ce corbeau peint par Breughel
...tel cet âne par-
dessus les toits de Vitebsk
cherchant une voie
royale avec Marc Chagall
sous un beau ciel étoilé
... telle cette pie
croquée le jour de Noël
par Piero Della
Francesca réapparue
sur un arbre à Birkenau
pie
te vois
sur un toit
peint
par piero della
francesca
pie juive
car
tu surplombes
une scène
de la nativité
qu'enchantent
deux mandolines
et un choeur
de jeunes filles
pie
qu'endurèrent
tes filles
sur les terres
d'europe
après la mort
du christ?
pie
de pologne
ma fille
à la robe franche
as-tu
connu
(à ton échelle
d'oiseau)
persécutions
pogroms
fours crématoires?
mais l'oiseau
hiératique
ne prisant guère
cette scène
trop catholique
s'en lave
petit ponce
les rémiges
et (le tiens
d'un ami sûr)
le bout du bec
souillé
par de la glaise
pie
te vois
sur un toit...
 
 
Blanc de givre ce paysage
qui a pris de Noël
le visage
|
Mes pas sur des pavés
que j'use imperceptiblement
chaque soir
La ville pavoise
pour la venue annuelle
de l'Enfant Jésus
nos sapins s'ornent de mille
choses, nos coeurs de chansons
Elle était là tas
sans attraits face à la jeune
aux seins turgescents
Elle était là tas
sans attraits face à la jeune
aux seins turgescents
qu'ai-je donc fait au bon Dieu
se lamentait-elle telle
Du toit
le cri familier d'un choucas
ramène les souvenirs
Du toit me parvient
le cri d'un choucas, où s'en
sont allés les miens?
chez Dalila me répond
l'effronté couleur charbon
 
 
Coin de nos ancêtres
qui s'éveille au soleil
de l'Entre-Sambre-et-Meuse
(les Lorent, Genot, Dor et consorts)
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Village d'ancêtres
qui s'éveille au soleil de
l'Entre-Sambre-et-Meuse
quand ressusciteront-ils
les Lorent Dor et consorts?
La feuille court sous
l'arbre telle une souris
le chat n'en a cure
Retour au village
que j'ai jeune quitté, comme
les anciens sont vieux
Avec mes petits-
fils, je deviens la mésange
donnant la becquée
à l'oiselet plus grand qu'elle
enfant du malin coucou
 
 
Brume au-dessus de la Meuse
quelques cheminées y fument
de plaisir
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Saint-Gérard embrumé
quelques habitants s'enrhument
à vos souhaits!
---
Poètes chinois
amoureux du ciel nocturne
rien à vous offrir
nulle trace de toi, lune
où caches-tu ton émoi?
En vain j'ai cherché
ton minois pour boire ensemble
un verre de vin
nous nous serions promenés
à trois toi mon ombre et moi
(à Li Po, Tou Fou, Po Kiu-yi, mes amis)
Parmi les fleurs un pot de vin :
Je bois tout seul sans un ami.
Levant mon verre, je convie le clair de lune;
Voici mon ombre devant moi : nous sommes trois.
(Li Po 701-762)
---
 
 
Soleil et brume en
s'épousant répandent
un délicieux jaune d'oeuf
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Balade en 4X4
autour de Senzeille, à deux
pas la buse plane
Aux anniversaires
nous devrions logiquement
décréter la grève
des montres et des horloges
pour écouter notre coeur
Feu d'artifice
des chiens aboient
la caravane ne passe pas
Un brouillard tenace
nous enlace, le soleil
singeant les Wallons
s'énerve et se met en grève
nous voilà tous sans lampions
Nuit, le rouge-gorge
dort la tête contre son
coeur couleur éteinte
 
 
Hors de la brume ces arbres
par le feu du soleil
transfigurés
|
POUR S'ENDORMIR COMME DES ENFANTS
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Le feu folâtre dans l'âtre
fredonne des chansons à boire
buvons
Buvons
le leitmotiv des poètes chinois
face au clair de lune
Buvons
pour oublier la brièveté de la vie
son manque d'assise
Buvons
jusqu'aux premières lueurs de l'aurore
puisque les dieux sont morts
Buvons
pour fêter Noël et la nouvelle année
sans simagrées
Buvons
pour mourir quand nous le décidons
maître de notre corps
Buvons donc
pour nous endormir tels des enfants
le sourire aux lèvres
---
 
 
Balade en 4X4
autour de Senzeille, les
petits-fils et moi
ça fait si je compte bien
malgré mon âge dix-neuf
|
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La femme s'affaire
les invités sont enfin
là, ils se délivrent
des fleurs, tout pour maman, quelle
course a-t-elle remportée?
Quelle course mon
fils? celle de la bonté
car la femme est don
de soi quand le bonheur la
transfigure, don de Dieu
---
L'horloge sonnait
déjà pour mes grands-parents
pour quelles personnes
tintera-t-elle plus tard
quand nous serons en retard?
Julie Lorent (1891-1963) et Jules Puissant (1883-1965)
Une maison dans
le bois, à ses pieds court et
murmure le ru
 
 
Il règne en ville
une terreur noire
la peste soit du choléra
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Le 28 décembre
ma fête puisqu'il s'agit
des saints innocents
qui ne l'est pas un peu? je
vous le demande, vous? hou!
Le soir tombe vite
en décembre, pas le temps
d'allumer les lampes
---
Dans cette voiture
le sosie d'un proche mort
voici quelque temps
et si par magie ce proche
revenait parmi nous? moche?
Moche? pour la rime
mon bon monsieur car j'aurais
tant de choses à
lui dire à ce cher parrain
mort esseulé sans soutien
---
Entre les deux fêtes
de fin d'année le village
sous le clocher dort
 
 
A Biesme va
sous le pont du Clicottiat
ça va de soi la Biesme
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Le soleil après
des jours de disette daigne
nous faire risette
Les petits-fils sont
en train de me dépasser
le sourire aux lèvres
grand-père est un mot trompeur
dorénavant sans objet
La fenêtre en hausse
à la bourse des valeurs
grâce aux perles dont
certaines glissent, étoiles
filantes sous cette averse
S'il pleut sur la ville
il ne pleut pas dans mon coeur
cher monsieur Verlaine
car celui que je possède
arbore un beau parapluie
 
 
Le sable du nord
est invité à construire
cette maison sans
ses innombrables mouettes
qu'il évite les tempêtes
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