José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : DECEMBRE 2005

Haïku d'un mois de décembre




               
Quatre fruits d'hiver
près de l'église Saint-Loup
un soir de décembre

Sous le noisetier
du soir qui perd ses feuilles
une à une, deux merles

Aime ton prochain
mais quand on te frappe ne
tends l'autre joue, cogne

Un merle sans lunettes
feuillette le bouquin du pré
son dada, les vers

Ce reste de neige
sur un toit de décembre
souvenir de novembre

La tache de neige
sur ce toit de décembre
reliquat de novembre

Arrêtés des Belges
d'origine maghrébine
les Belges? des terroristes!

Un merle songeur
cette graine a-t-elle des
vertus nutritives?
la mésange moins instruite
la lui chipe tout de go



               
Deux chevaux paissent
en paix malgré leurs couleurs
arbres en dégradé

Que j'aime entendre
comme ce soir dans le silence
le vent de décembre!

Douceur du logis
j'ois le vent froid mais je vois
un prunier transi
tremblotant dans la nuit noire
ne manque que la hulotte

Les flammes s'emparent
d'un bois mort comme elles le
feront de moi quand
j'aurai un peu moins de tifs
d'énergie, proie trop facile

Un arbre sans feuilles
ce pinson fidèle n'a
pu les retenir

Deux phares s'avancent
dans la froide nuit de décembre
abois d'un chien

La feuille court dans
le pré comme une vraie folle
perplexe le chat
s'en va discuter avec
une souris plus sensée



               
Village caché
de manière temporaire
avant cet hiver
car ce paravent de feuilles
d'automne n'aura qu'un temps

Un faucon crécerelle
au-dessus de mes cheveux frétille
hé? aïe!

Minuit s'approche à
pas de Sioux sur des terres
qui n'ont entendu
les Apaches en colère
mais les bombes des Teutons

Ces éoliennes
moulins de don Quichotte
chevauchant sa Rossinante

Le vent s'en veut tant
d'être si fort si vif si
pénétrant, tout moi

Quelle affaire à Jette
les truites les plus coquettes
vont en chemisette
quant à celles de Venise
en toute langue devisent

Comme un coq d'église
le geai bleu sur une crête
de mangeoire guette

Maître corbeau me
poursuit de sa hargne crois
crois!
dji vous bin, mi!
( Je veux bien, moi!)



               
Sous les dernières feuilles
d'un bouleau verruqueux
des yeux de maisons

Ces feuilles d'érables
pour un tableau pointilliste
quittent leur perchoir

Les éoliennes
nos moulins à vent
de la modernité

Le chat comme sphinx
nos terrils pour pyramides
sommes en Egypte

Ah, si don Quichotte
toisait les six éoliennes
dressées à Somzée
il combattrait ces moulins
au nom de sa Dulcinée!

La guerre...
on n'offrait guère de bonbons
mais de temps en temps des bombes

Le long des platanes
discutent en noir deux dames
qui portent le deuil
d'enfants sagement assises
quand les adultes devisent



               
Jeunes gens
aux visages coloriés
aimez toutes les couleurs

Six corneilles palabrent
comme en Afrique noire
parler petit-nègre

Aimez-vous les courbes
cher monsieur? comme réponse
des yeux trop brillants
à confesser ce me semble
séance tenante ensemble

J'entrouvre la fenêtre
cri courroucé du coq
pas trop tôt, flemmard

Aucun d'entre nous
ne résiste à la nature
déclin jour après
jour assuré mois après
mois le corps court jusqu'à l'os

J'observe les toits
des maisons non déformés
Chagall as-tu bu?

Ciel gris en ce jour
de décembre qui voit les
secondes filer
un train d'enfer stop! crié-je
en pure perte nul frein



               
Deux parapluies devisent
sous l'ondée qui les grise
tu es ma cerise

Des mouettes s'en
prennent aux grévistes, dites
comment voulez-vous
attirer avec ces cris
quelques capitaux ici?

Je t'aime je t'aime
je t'aime mon amour je
finirai par le
savoir, écris un poème
digne de nos troubadours!

Ce soir de décembre
je suis seul auprès de l'âtre
qui voudrait parler

Dans l'air de midi
passe non le colibri
aperçu à Los
Angelès mais cet oiseau
gris emmanché d'un long cou

Le piano découpe le temps
en inégales tranches
do ré(es)

Quinze heures quinze à
l'horloge de notre église
en ce huit décembre
chaque dimanche arrivaient
les vêpres puis le salut

Pré
des feuilles remuent
tels les ressuscités de Signorelli



               
Ces trois feuilles
épées de Damoclès
au-dessus de Fosses-la-Ville

Le coq intime l'ordre
de se lever aux poules
en vain, trop intimes

Le soleil se coule entre les branches
et ce champ couleur d'archange
change

Ah, le beau dégradé
ah... tchoum! qu'il fait froid
en ce matin de brume

Une ville s'éveille
s'ébroue secoue la brume
bâille s'ensoleille

Se sentir si bien
face aux damnés de la terre
au ventre si creux

Pas une idée
à transcrire, rien
que le vide d'une journée

Ce n'est pas le calme
bois de bouleaux de Gustav
Klimt, plus torturé
plus étrange, voyez-vous
l'ombre de cet éléphant?



               
Étrange scène
que l'ombre d'un éléphant
sous ce hibou perché!

Beauté de la nature
en décembre, nue
mais riche d'un futur

Le cheval noir paît
dans un silence hivernal
décembre un dimanche

Le soleil se coule entre les branches
et ce champ couleur d'archange
change

De la fumée...
un comble comme s'il
n'y avait pas assez de brume

A la cheminée
chaude adossé, le choucas
soigne son arthrose

Deux villages jouent
à cache-cache l'un par
son clocher trahi

Brume brume brume
ta ténacité m'enrhume
file ou je t'enclume



               
Brume brume brume
pourquoi nous cacher ce que
le soleil éclaire?

Regard vers les rideaux
de la chambre, un liseré
le jour nouveau

Je n'aime pas anticiper
sur la mort les mains jointes
dans un lit

Un chien comme appât
pour harponner le requin
cruauté de l'homme
dégoût face à cette image
de Dieu selon l'Écriture

Pie et tourterelle
picorent en bonne intelligence
abondance

Au lieu du minet
j'élève un tigre chinois
pauvres voleurs, va!
pourquoi me regarde-t-il
aussi gloutonnement? va!

On devine dans la brume
au ras des cheminées
de la fumée

Me reviennent en
couleur le port de Marseille
sous un gai soleil
ses calanques son château
d'If, Alexandre Dumas



               
Cet hiver révèle
non loin d'une vache blanche
d'incroyables tons
ton ton taine entonne Jules
Laforgue changeant de ton

L'épeichette pêche
à la larve de bouleau
l'ablette replète


Jour de sainte Alice
Lempereur méconnue par
l'Église romaine
vraie femme parmi les mères
à ses proches dévouées


De ce village à
Vitrival à vol d'oiseau
vanneau si possible


De la sainte terre
au paradis à vol d'ange
colibri choisi
pour son sur-place face aux
fleurs dont il suce le suc

Le merle de son
bec en or massif trucide
moult vers aurifères


J'entends ce matin
le coq de Chagall mais ne
puis le chevaucher
à la façon de la dame
au pantalon rouge vif



               
Oh la vache
regarde ce beau cheval noir
broutant l'herbe du pré

Noël! Noël! il
se présente l'ami Paul
le sourire aux lèvres
Paul Noël, que de fois en
classe l'a-t-il entendu

Pluie pluie pluie et puis?
toujours pluie pluie et puis? pluie
sors ton parapluie

Notre noisetier
s'est dépouillé de ses feuilles
de son écureuil

Un lièvre érudit
face à Chanly les haïku
de celui-ci fuit

Dès la soixantaine
l'on est aux aguets
si le croque-mort sonnait?

Quelle virginale
beauté que ce paysage
enneigé pareil
aux seins de l'adolescente
trop riches pour son corsage!

Elle fume encore
malgré le possible cancer
la cheminée!



               
Lever de la ville
dans des draps plus blancs que blancs
nos yeux enneigés

Un flocon descend
nonchalamment sans copains
d'infortune, fonte

Frileuse la ville
revêt pour cette nuit noire
sa blanche parure

Au vieux cimetière
un enfant de Vitrival
mort pour la patrie
durant la première guerre
nous observe peu disert

Ce saule s'incurve
comme le dos d'une femme
des cheveux aux fesses

Photo d'une femme
au sourire fané sur
cette stèle, c'est
Alice Legait morte en
dix neuf cent cinquante-huit

Des boules de neige
sur papy le gris, histoire
de le rendre blanc
disais-je l'année dernière
de ce bon mot tout content

Oh nuit noire
la lune joue avec la neige
à fais-moi peur veux-tu?



               
Allô! à qui sont
ces halos? halo! pardon
allô! ces flocons?

Un jour de décembre
comme dans la Bible avec
le buisson ardent
croyez-moi si vous voulez
cette neige s'enflamma

Comment se fait-il
que des nuages si noirs
déversent l'eau claire?

Quand verrai-je non
fumer la cheminée mais
le jaune loriot?
en quel été surprendrai-je
le joli chardonneret?

Église
que tant de gens ont aimée
c'est pour cela que tu es sainte

Père Noël
tu n'es pas une ordure
mais le facteur du bonheur

Papy
tu as beaucoup ronflé
j'en ai vu de toutes les couleurs

Notre pont du Gard
sur lequel se trouve un chat
tigre du Bengale



               
Ces deux jeunes gens
observent le vieux monsieur
tout de noir vêtu
il tient une boîte ou cage
d'où sort le petit oiseau

Âpre dispute
et si l'amour n'était
qu'une somme d'intérêts?

Bruits venant du grenier
les enfants jouent au ping-pong
mots censurés

Je sirote une bière
soi-disant brassée à l'abbaye
mensonge

Le saule s'incurve
comme le dos d'une femme
des cheveux aux fesses
et des fesses aux cheveux
si vous prônez le retour

Si l'on pouvait arrêter
le temps chante Sacha Distel
mort depuis

L'étang de Virelles
offre à toutes ses sarcelles
de beaux airs de vielle
sans oublier lors des veilles
d'entraînantes ritournelles



               
Chimay si souvent
par des soldats ivres prise
renaît de ses cendres
s'ornant ce 22 décembre
d'un sapin devant l'église

On a oublié
de décorer ces sapins
déplore un gamin
heureuse omission décrète
l'instituteur en retraite

Soir de réveillon
dans quelques heures les dindes
marcassins et biches
retrouveront du gosier
au ventre le mouvement

Le ciel comme femme
varie depuis ce matin
attente de neige

Des corbeaux sillonnent
le ciel, racistes ils gobent
le moindre flocon

Dans nos pays trop
policés les êtres n'osent
librement parler
taxés de propos racistes
s'ils critiquent les abus

Ce matin le coq
chante avec autant d'entrain
qu'à Noël, coquin

Tous ces brins de paille
me conduisent à la ferme
de la Laide Basse
comme dans un jeu de piste
admiratives, les vaches



               
Arbres transcendés
par le soleil malgré de
menaçants nuages
quelques corneilles bavardes
applaudissent la camarde

Webcam de New-York
une jeune fille aux longs
cheveux déambule
dans le quartier de Times Square
et disparaît à jamais

Il neige ce soir
flocons dans du noir
que les lumières trahissent

Peu de visiteurs
sur mes sites ce matin
routes enneigées

Fête chez les noisetiers
la demoiselle est en robe
de mariée

Le merle qui n'a
rien d'une hermine s'imprime
dans la neige fraîche

Chant plaintif d'un oiseau
veux-tu une tasse de thé
chaud, chéri?

Le lampadaire
ne dévoile aucun flocon
accalmie dans le ciel



               
Vitrival village
natal de certains aïeux
vit dans la ouate

Risibles ces poèmes
qui ne tirent que trois coups?
cou! chers haïku

Beauté des toits blancs
à l'avant-plan une gaufre
à la chantilly

Une feuille tombe
du chêne, c'est pas trop tôt
murmure l'hiver

Que réserve la
vie? des fleurs de cimetière
et des asticots
décrète l'homme lucide
amateur de belles pêches

Bouleau de la toundra
tu perds de ta magie
face à la neige

Que l'animal est prudent!
des oiseaux au chat
chacun craint quelqu'un

Balade à Spy chez
l'homme de Néandertal
nul être trapu
mais deux jeunes promeneurs
au faciès d'homo sapiens

Rideaux entrouverts
je vois des pas dans la neige
Claude Debussy



               
Revêtu d'hermine
le verger d'hiver nous offre
ses plus belles fleurs

Regard attiré
par ces fleurs de cimetière
sur les mains, panique
est un grand mot mais légère
appréhension tout de même

Des feuilles de tilleul
courent sur la neige en deuil
selon Troyat

L'année 2005
touche à sa fin, derniers achats
gueuletons


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