José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : DECEMBRE 2003

Haïku d'un mois de décembre


Le vent de novembre
poursuit sa course en décembre
aigre cri d'un geai

L'oiseau
au joli cliquetis de voix
met le soleil en émoi


               
Sur ce pont bossu
on ne danse point, on passe
sans mots historiques
n'est pas le Rubicon qui
veut ni le pont d'Avignon

Les étangs reposent
sans estivants ni pêcheurs
des brochets en chasse

Un avion à réaction
secoue ce matin monotone
d'automne

Un rai de lumière
l'aubade du coq, la nuit
remet son ticket

Pie et corbeau peints
par Breughel quittent un champ
l'air anachronique

Sur le cerisier
une feuille en loques fait
de la résistance
pauvre chose secouée
par un fort vent de décembre

Mettet s'enjolive
à l'approche de Noël
Rops en morceaux gît


               
Fenêtre entrouverte
le coq chante sa brune
en ce jour de brume

Survolant les champs
d'un brun mouillé de lugubres
corvidés en deuil

Envol de perdrix
puis de ramiers, peur de plumes
il bombe le torse

Le soir Givet et
sa forteresse éclairée
page enluminée


               
En balade à Gand
j'ai perdu sans jeu de mots
ma paire de gants

Un pan de lumière
il gèle blanc cette nuit
souligne la lune

Logiques ardoises
de cuisine se muant
en écailles blanches
une carpe immaculée
nage dans les eaux de Chine

Une fumée s'élève
droite à la rencontre
d'un ciel bleu teinté d'or

Sur l'arbre est-ce
une longue feuille ou la buse
l'oiseau déploie ses ailes

La cloche sonne
la demie qu'ils boivent
en changeant de genre au bistrot

Les corbeaux aux plumes
lustrées volent tels de lourds
bombardiers sur Dresde
égrenant leurs chapelets
d'oblongues bombes immondes


               
Ce village
qu'un Permeke aurait apprécié
pour ses bruns, Nèvremont

Venue du soir
le merle ombre parmi les ombres
se meut par à-coups

Afflux de lumières
dans les quiètes demeures
Noël sonne à la porte

A Weillen, petit
village du Namurois
vivait un ancêtre
en même temps que Voltaire
mais lui ne comptera guère

Sa vie se résume
à deux dates sur un arbre
généalogique


               
Du bas du village
où serpente une rivière
aux bords blancs de givre
s'élève la fumée grise
d'une chaumière, Serville


Sous un ciel bleu clair
la cloche égrenait ses notes
au-dessus du givre

Des pruniers veillaient
dans le verger de Paula
cri de la hulotte

Un soir de décembre
le vent chantonne dans l'âtre
sursaut d'une flamme

Il ne comptera
guère mais je le célèbre
ce Jacques Leclef
natif de Weillen et mort
en dix huit cent vingt et un

Fenêtre emperlée
de pluie ciel tout gris, et si
je me recouchais?

Comme s'il n'y avait
assez de grisaille
une cheminée fume

La longue nuit sombre
de décembre plante chez
ma tante sa tente
corde reliant les arbres
drap noir sur ce grand trapèze

Les toits sans bouger
transpirent tous sous ce froid
oh, l'étrange brume


               
Quand reverrons-nous
voltiger les flocons? ciel
secoue l'oreiller!

Le coq chante encore
en ce jour gris de décembre
pie sur un bouleau

Dans la prairie sans
fleurs des hérons aux ailes grises
s'immobilisent

La sieste de trois
choucas s'achève avec moi
cris d'indigestion

Elle se déhanche
comme une star d'Hollywood
l'émouvante môme


               
La citadelle
de Namur tend son drap
sombre sur les bords de Sambre

Promenade à quatre
trois petits enfants et leur
papy, gazouillis

Mieux cirés
que des souliers
les toits de nos voisins

Plus brillants que des souliers
cirés ces toits des voisins
sous la pluie

Les sapins s'émeuvent
de lourds nuages se meuvent
bancs de Terre-Neuve

Sous un vent d'ouest
je n'en peux plus de compter
les gouttes de pluie

De Villon les mouches
blanches tombent en grand nombre
puissant, ce fly-tox

La pie est dans son
monde au milieu des flocons
et des taches sombres


               
Elle choit sur l'heure
la neige quand Dieu secoue
ses pruniers en fleur

Nouvelle adresse
pour tout Fossois qui décède
un, rue du cimetière

Sur fond de neige
une élégante silhouette noire
se dessine

Je l'arme de deux
cartouches mon appareil
numérique, pan!

Le coq blanc marche
avec circonspection dans la neige
sont-ce ses plumes?

La neige dense estompe
ce terril, mont Fuji
du grand Hokusai

Cris d'un petit oiseau
le rapace s'envole plus lourd
silence

Dégel, le bonhomme
de neige au nez aviné
titube puis chute

Entre les sapins
apparaît un rouge-gorge
coucou me fait-il

Le petit coq anglais
du mas me lance un vibrant
merry Christmas!

Une pie grelotte
sur le fil téléphonique
allô? s'enquiert-elle

Un chat british je
suppose attrape l'oiseau
qui s'écrie : Christmas!

Des nues grises en
déroute comme banquises
dans les mers du sud
je cherche en vain des pingouins
barbotant dans l'onde exquise

Sous la lune pâle
un nuage à l'âme humaine
s'en vient vainement

Ce vent froid d'hiver
secoue bien des choses, là
un homme en sursis
mais ne le sommes-nous pas
tous à des degrés divers?

Les sapins refusent
cette pluie qui tombe dru
sur des toits bossus

L'humidité nous
saisit à la gorge, rouge
mais nous ne volons
tel cet oiseau familier
émule de Sigmund Freud


               
La chapelle pleure
que je m'en souvienne ses
jolies paroissiennes

Dieu
nous t'en supplions
délivre-nous de toutes ces religions

Bruits d'avion
dans un ciel de plomb
quelques lumières par-ci par-là

Fenêtre entrouverte
j'ois les bruits de la nuit
d'un rapace le cri

L'urne annule
la résurrection des corps
reste un mercredi des cendres

Contre l'arbre un vent
fort émet ce bruit de vagues
sans algues marines

Un jappement dans la nuit
le râle d'une amoureuse
faits divers

Toits de givre
la fumée s'élève grise
dans un ciel crépusculaire


               
Deux garçons devisent
sur un chemin de campagne
gel et voûte bleue


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