José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.
 
*** José Chanly ***
 
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Le petit monde merveilleux des haïku : DECEMBRE 2001
Décembre allonge
les nuits puis à l'écoute
des chants se ravise
Le cerisier, vieux
crocodile tout
ruisselant des bords du Nil
De la drève essor
d'une fumée bleue, don
de saint Nicolas
Pré de décembre
subsistent quelques fleurs
jaunes, glouglou d'un ru
Baignoire pleine
d'eau du ciel invite
une jeune fille, nue
 
 
Beauté breughelienne
des saules, trous à hiboux
bijoux cailloux
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Le vent chatouille
les poils de ma moustache
blonde? heu non blanche
Le champ de maïs
agite ses oriflammes
va, don Quichotte!
Avec ma mie
je joue sans notes
de la viole de gambe
Tu es pour toujours
ma viole d'amour
des chevilles aux cheveux
Quand il se dévêt
qu'il voit ce qu'il est devenu
ce qu'il fut - rieux!
La feuille oscille
avec frénésie affolant
les grandes aiguilles
Un train dans la nuit
lentement passe, sans bruit
toile de Delvaux
L'eau tambourine
un vent s'exerce au violoncelle
des anges chantent
D'une balade
en vélo, rien si ce n'est
ce timide arc-en-ciel
Une bourrasque
la feuille morte s'envole
Lazare ailé
Le vent s'en veut tant
d'être si vif si fort
si pénétrant, tout moi
Soixante-trois balais
le gars qui cause qui glose
un m'as-tu-vu
Le home pour vieux
sort de sa torpeur, l'un d'eux
a-t-il vu le Styx?
Toits luisants, ciel gris
décembre vêt de nouveau
sa peau de souris
Un corbeau me poursuit
de sa hargne, crois crois crois
dji vous bin mi!
(je veux bien, moi!)
Le vent s'engouffre
entre les arbres en sifflant
des feuilles en meurent
Deux bandes blanches
deux hérons m'observent m'en
approche envol lourd
Treize heures trente
dit la cloche, à quoi bon
puisqu'il n'y a de baume?
La rivière sans
poissons sans âme pleure
son martin-pêcheur
 
 
Elle est si chouette
cette chevêche, tu as
de beaux yeux tu sais
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Tout le long du pré
des peupliers veillent
les champignons d'hiver
je rêve éveillé?
n'est-ce préférable
à l'amère vérité?
Mes pas de Sioux
alertent le merle
adieu, les chardonnerets
Sous un ciel d'azur
une mésange dépose
sa note jaune
Le feu crépite
dans l'âtre, dehors
un prunier parfois frissonne
Dans la pénombre
un crucifix surplombe
la chambre, triste Éros
Ciel bleu, le croissant
de lune noctambule
regagne son lit
Un coq à la voix
rauque m'interpelle
n'as-tu pas failli? si
Soleil jaune d'oeuf
dans une poêle
la coquille, ce toit blanc
Le taureau mugissant
rien d'une fille
qui susurre je t'aime
Le noisetier délivre
au compte-gouttes
ses feuilles jaune pâle
J'embête un oiseau
qui s'envole plane puis
frétille, un faucon
Des toits blancs de givre
un ciel lumineux
le poussin qui sort de l'oeuf...
 
 
Dans un pré partiellement
givré, le chat bleu
marche sur des oeufs
Pardonnez cet écart
de couleur, je suis
dans ma période fauve
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Un choucas ramone
la cheminée, holà!
fais pas le mariolle
L'oiseau noir croasse
en regagnant le chêne
où crèchent ses confrères
Le soleil jouant
avec la brume change
souvent de couleur
sous l'astre les pins
du voisin vont et viennent
de manière étrange
De l'arbre mort
s'en vont des morceaux
comme sur le tronc d'un érable
Le héron choisit
ce pré qui d'un tout nouveau
piquet s'enrichit
Ciel enluminé
les frères Limbourg
m'allouent un p'tit bonjour
Comme il a gelé!
la personne d'à côté
ne fume, elle cause
A la cheminée
adossé, le choucas
soigne ses rhumatismes
La goutte d'eau tenace
a ouvert dans la glace
un sexe de femme
Elle grimpe au mur
comme le sherpa
la sittelle, il fait si froid
La charbonnière
bécote la branche
des défuntes cerises
L'église jappe
un chien sonne ou l'inverse
mais c'est tout comme, sonne!
J'aime la glace
quand elle crie sous le poids
plaisir sadique
La rivière charrie
des poissons congelés
la buse vire
L'étang gelé? qu'il
soit puni le mauvais jars
de Marcel Aymé
Qu'entends-je? du bruit
dans la gouttière
je libère une mésange
Un toit de givre
sous la cheminée
qui fume, mon hiver
Je pars en tout petits morceaux
une dent s'est encore
fait la malle
Lors du déjeuner
le pic épeiche mange
avec grand appétit
Le héron morose
fixe les étangs gelés
plus de poissons
de bonne bouffe
plus de garde-manger
j'en ai marre des mares
Le ciel saupoudre
le sol de sucre, de sel
corrige un voisin
Le rouge-gorge
m'observe avec intérêt
c'est un connaisseur
Au-dessus du ru
l'envol d'une foulque, noire
comme un péché
La mouette
une barque qui tremblote
sur les eaux de la Sambre
un canard que l'on
pêche en riant
dans une baraque foraine
Des oies tancent l'eau
de l'étang gelé
qui se prend pour un oeuf dur
Il neige, il vente
il claironne, le coq
en ce matin de décembre
un pic épeiche
amoureux du bouleau
le dévore de baisers
Être le premier
sur le corps de l'aimée
neige immaculée
Un merle
sur la branche enneigée
du cerisier, note en ré
Le feu crépite
sur sa chaleur je médite
futur incinéré
Le vent tempête
une fenêtre pleure
la neige a disparu
Pas de Noël
pour la sittelle
qui à la mésange cherche noise
Solennel le héron
se pose dans un pré
les arbres s'inclinent
Au bord de l'étang
trois pêcheurs solitaires
en quête du Graal
L'oiseau s'envole
allégeant l'oscillante branche
d'un peu de neige
Le prunier fleurit
sous les flocons, coup de vent
essor de pétales
Ma tasse chaude
steamer des mers du sud
navigue sur la table
Neige blanche
comme un surplis, la pie
prêche dans deux paroisses
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