José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

     Chanlyneries     


Ce grand arbre sans
son feuillage et Dalida
ne chanteront plus


La lune voilée
ce soir va-t-elle se rendre
de nuit au Qatar?


Je m'écarte afin
de ne point écraser une
petite araignée
qui mérite autant que moi
de terminer sa journée


Mon petit-fils a
joué au foot à Verdun
d'autres à la mort


Une chips a plus
de goût qu'une hostie, c'est tout
ce que je puis dire


Sophie me sourit
en dégrafant savamment
son chemisier blanc
tabernacle d'un seul Dieu
en deux personnes, prions


Le prunier malgré
son arthrose est en fleur pour
plaire à ses abeilles


Midi
le troglodyte mignon
me souhaite bon appétit


Encore une nuit
à collectionner sans bruit
jusqu'à l'aube, fruit
d'un dimanche qui a fui
aux douze coups de minuit


Une coccinelle
atterrit sur le nez, va
pour la chiquenaude


Cent mille morts en Birmanie?
c'est si loin
je ne les vois pas bien


Qu'attends-je mon ange?
ni les beaux appas en transe
ni la transhumance
en mai de belle-maman
j'attends le chant du coucou


L'éclipse de lune
elle est encore bien ronde
avant la rencontre


L'oiseau est toujours
sur le qui-vive tel l'homme
que l'âge amidonne


Sur la Place Rouge
Basile le Bienheureux
chahute Lénine
qui n'a pas tel le Christ-Roi
régné durant deux mille ans

(Basile dont on célèbre la fête le 2 janvier)


La limace avance
en respectant les limitations
de vitesse


Mon prof de musique
le frère Clément est mort
une fausse note


Nourrir le chat puis
le lapin sans merci ni
de l'un ni de l'autre
mourir vieux sans faire naître
chez quiconque un seul regret


Reste! supplie-t-elle
ruisselante de désir
va ferre et me mange!


J'ai vécu soixante-
neuf printemps des plus amènes
alors que suivront
sautant l'automne et l'été
quelques hivers en pantoufles


Le haïku a l'âme
d'un Chardin puisqu'il ne traite
que de petits riens


Ce matin de mai
j'ai semé des radis pour
que nos petits croissent
en sagesse et du cresson
pour qu'ils sachent leurs leçons


Un samedi soir
sans bal pour ma pomme trop
mûre, Eve est ailleurs


Ardoises givrées
de notre cuisine, écailles
de truite meunière
hi hi pouffe le poisson
rouge amateur de bons mots


Le grésil, la Sambre
a la chair de poule comme
une fille nue


Fête à l'horizon
le chagrin monte au mur de
ma pauvre raison
dès que les gens font ribote
quelque chose en moi sanglote


Dans le pré d'hiver
des pies cheminent à la
queue leu leu, deux nonnes


De ma chère épouse
jamais le GSM ne
chôme tandis que
le mien durant le jour dort
nul ami pour l'éveiller


Quand la femme l'oeil
n'allumera plus, bois mort
serai devenu


Ils se sont foutus
de ma poire ces connards
mais depuis que j'ai
des seins et un beau derrière
ils me vénèrent, trop tard


Un corbeau freux rentre
au logis le soir en croassant
émouvant


Je sonne elle entrouvre
et la porte et son peignoir
superfétatoire
est-ce une ruse d'amour
me dis-je? elle me sourit


Il se dit fort en
dictée malgré toutes ses
fautes d'orthographe


Vent, les feuilles
dans la cour de récré s'amusent
comme des moineaux


Une balade à
bicyclette en espérant
ouïr l'alouette
brouette! pas d'alouette
m'en reviens à bicyclette


Avec cet air mi-
figue mi-raisin j'ai presque
de quoi déjeuner


Comme à Sobibor
nous tuâmes nos gardiens
qui avaient sur nous
droit de vie et de mort, joie
d'étrangler cette vermine


Bonhomme de neige
fond comme homme dans sa bière
versons-nous un verre


A l'aube j'entrouvre
la fenêtre, des lumières
et le chant d'un coq
sans Voltaire ni Denis
Diderot, cocorico!


Ermeton-sur-Biert
le plus d'alcooliques
au km2


Il pleuvait hier
sur une robe légère
en moi s'imprimèrent
profondément tes fruits verts
à ne croquer qu'en hiver


Sur l'arbre tronqué
et non pas truqué, mon chou
se pose une pie


Quelques canards vont
sur l'eau comme Jésus au
lac de Tibériade
ils marchent sur la surface
gelée d'un bras de la Sambre


L'homme, un paon
qui fait la roue sans le savoir
du bonjour au bonsoir


Tous les oiseaux chantent
le soleil, des troglodytes
mignons aux pinsons
en passant par les mésanges
dont l'âme est proche des anges


A petits pas sur
un sol gelé le facteur
va de boîte en boîte


Le vent fort m'enchante
tellement que j'en invente
jusqu'à l'épouvante
des ânes et de volantes
gens comme chez Chagall chantent


Sur l'arbre se cache
un ballon blanc blessé par
tant de coups de pied


La voix aigre vient
de la sapinière, c'est
le fameux pic-vert
qui rêve tête à l'envers
en récitant du Prévert


En prenant de l'âge
on chope différentes choses
un rien moroses


Sais-tu que la lune
de Pampelune de prunes
sans payer de thunes
se sustente en oyant l'une
ou l'autre rumeur nocturne?


Cet homme promène
son chien ou l'inverse, tous
deux tenus en laisse


Je suis vraiment bien
en compagnie d'un bon vin
né au bord du Rhin
et de mon ange gardien
qui grisé chante un refrain


Sous l'arbre d'hiver
se meuvent légères
deux mésanges charbonnières


Il ventait très fort
ce soir lorsque Rutebeuf
m'envoya un fax
pour se plaindre de tous ses
amis qui auraient failli


La phrase fait tilt
j'avais une mère mais
pas une maman


La pie prie son dieu
bicolore, le corbeau
pieux son roi nègre


La lune est encore
empêtrée dans le branchage
de notre prunier
vais donc la décrocher en
espérant un doux baiser


Ne joue-t-il pas à
saute-mouton avec notre
pont bossu le ru?

Notre chat est sourd
comme un pot, trop de musique
durant sa jeunesse


Cette marche geint
comme elle geignait du temps
de mes grands-parents
ils logent au cimetière
amaigris par le carême


Une souris entre
les crocs du dodu matou
gris voyage à l'oeil


Je dis bien dans une descente
l'escargot accélère
sous l'averse


L'ange se détourne
mais le diable me regarde
avec sympathie
un pécheur intéressant
murmure-t-il avisé


Durant la nuit
il va dans un pot faire
pipi, réveil d'une mouche


Arthrose cirrhose
quoi d'autre en cette année rose
ose un spéculoos


Notre vieille chatte
quand elle étire ses pattes
semble recevoir
quelle attitude comique
des décharges électriques


D'une cheminée
la première fumée
de l'année, avinée


Tableau pointilliste
que ces flocons en voyage
délicieux Seurat


Un Noir broie du noir
chez nous en hiver malgré
sa peau noir charbon
il grelotte sous la toque
pleurant son soleil qui toque


Il se tord le cou
chaque fois qu'il lance son
slogan le coq blanc


Le soleil de midi
fait la cour à la neige
qui mouille, ô mon Râ


Mon père et ma mère
deux êtres qui devraient m'être
chers sont morts sans bruit
comme si je me servais
d'eux pour traverser le temps


La solitude
ça n'existe pas quand
on est jeune riche et beau


Dinant la Rebelle
connut Sax et le sac par
des soldats cruels


Dans mes rêves fous
roule une voiture bleue
au volant la fée
aux cheveux de lin, aux seins
liqueur d'immortalité


Dans le pré picorent
le coq blanc et son harem
cinq poules soumises


Malgré la chaleur
ce cri d'un rapace
dans la nuit noire me glace


José d'un an moins
jeune est en ce mois de juin
revenant hélas
trop souvent le visiter
ce qui le fatigue bien


Ce corps choyé ne
sera pas voué aux vers
mais aux vives flammes


Un petit seau rouge
assis dans le pré tressaute
de joie sous les noix


Oh le grand bonjour
quelle mouche l'a piqué
le lendemain je
lis son nom dans le journal
sur la liste électorale


Grand-Place de Bruxelles
au mois d'août
toutes les langues de Babel


Le lapin du voisin
vient manger ma salade
envie d'un civet


En se dévoilant
subitement les seins ont
souri, souricière


Je vous confesse ô
ma prêtresse des visées
sur les reins les fesses
sans oublier ces bas vos
merveilleux bas à ô t


Monsieur fanfaronne
j'en ai fait hululer
sous la lune plus d'une


Depuis dix neuf cent
sept l'ancêtre sourit sur
la photo, c'est trop


Le choucas picore
à droite ou à gauche encore
et encor m'offrant
le ton de Verhaeren en
son moulin qui tourne et tourne


Sur le chemin
la trace d'un sabot
don Quichotte de la Manche


Il a bien dîné
notre grand homme, reste à
faire un gros caca


Voilà la pinsonne
sur un prunier qui klaxonne
quand ses prunes sonnent
bruits ouïs par la personne
née un soir à Carcassonne


Le héron au long
bec emmanché d'un long cou
abrège! s'envole


Tous les hommes forts
qui m'ont précédé sont morts
oiseau pour le chat


La jeune épeichette
recueillie puis relâchée
escalade un tronc
non sans m'avoir gratifié
de deux ou trois coups de bec


Crâne brillant comme
la coquille d'oeuf? évitez
Christophe Colomb


Le chat ronronne en
ma présence, peu de gens
chers en font autant


Les fumées d'Auschwitz
auront pendant de longs mois
noirci le visage
d'une Vierge polonaise
habitant Czestochowa


Du bois me parvient
le cri d'un faisan au col
blanc sans porte-plume


Aux enterrements
rarement vais au mien c'est
suffisant j'irai


Sur la table, oblong
ce caillou blanc du Ventoux
nous rappelle en cet
hiver qui m'entend tousser
les cigales provençales


Thozée, les oies blanches
n'avertissent personne
n'étant du Capitole


Un merle noir siffle
au passage d'une dame
oh le malappris


Un oiseau qui n'a
pas composé la sonate
à Kreutzer nous chante
les deux mêmes notes tristes
jamais une diversion


Neuf heures!
bonnet blanc sur la tête
les pâquerettes dorment encore


Une ombre au-dessus
du chemin caillouteux plane
c'est le corbeau freux


Chant et queue dressée
le troglodyte mignon
rend les femmes seules
rêveuses, il est si vif
notre petit bout de chou


Sur la Sambre un lourd
chaland si lent face au vol
de trois cormorans


Papy! le pivert
picole dans la prairie
picore mon chou


Dans le ciel tout bleu
l'astre caresse mes vieux
os qui s'entrechoquent
d'allégresse, un chien gourmand
ses longues oreilles dresse


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