José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

     Cent haïku pour vous     
José Chanly


LIS!

La mouche percute
mon large front, étourdie
par tant de savoir


Homme et chimpanzé
sont très proches l'un de l'autre
mauvais pour le singe


Elle s'évase en
s'assoyant la jolie femme
à l'accent flamand


Le haïku a l'âme
d'un Chardin puisqu'il ne traite
que de petits riens


La pie prie
son dieu bicolore
le corbeau son roi nègre


Foot avec l'équipe
de France sponsorisée
par Black et Decker


Femme au corps
délicieusement fendu
seule source d'absolu


Le merle ne cesse
pas d'avaler des vers, qu'est-ce?
une anthologie


Annuellement la Sambre
recense un certain mercredi
des sandres


Infarctus
à bien prononcer
même si c'est une sale bête


Quelle chaleur!
t'es cuit tel un lapin
trois prunes et l'on te mange


Ah, rat qui rit jaune
en traversant la route
éclairé par les phares


Chaleur, sur le seuil
de ma demeure repose
une coccinelle


Vieux chat à mes yeux
plus cher car tu préfigures
notre condition


Qu'elle soit la femme
fêlée à un endroit non
approprié, sûr


Écoute mon chou
la poésie d'une cloche
je t'entends, chéri


Le lièvre face à Chanly
les haïku d'icelui
fuit


Un verre d'alcool
à mes choucas pour leur ôter
leurs idées noires


Écureuil roux ou rat
applaudissements nourris
souris ici


Pas d'enterrement
pour l'épouvantail couché
par le vent, deux pies


Cris stridents d'un pic-
vert survolant le verger
oiseaux apeurés


Qui l'eût cru
qu'il aurait crû si vite
ce Lustucru, l'eusses-tu cru?


Sur la Sambre un lourd
chaland si lent face au vol
de trois cormorans


L'athlète blessé
c'est vraiment dur pour lui dit-
il, tant mieux dit-elle


Il joue à saute-
mouton avec notre pont
bossu, le ru


Certains soirs
s'envolent de sa couche
d'oblongs et capiteux péchés


Far west, une buse
lance son lent lasso pour
s'en prendre aux mulots


D'une cheminée
la fumée grise sort
tel un phylactère


Le long de la route
elle exhibe ses nichons
la môme rieuse


Quel long générique
tous, balayeurs y compris
donnent la réplique


Bout de lune, hostie
des jours d'affluence quand
on la partageait


Un étang gelé
sous le ciel bleu, cri
d'un héron déboussolé


Dans la neige un chat
noir recherche une souris
blanche qui rit jaune


Le voisin promène
son mâtin tôt ce matin
quand l'aube se lève


Ils passent devant
la fenêtre, ces flocons
blancs un rien flemmards


L'eau de l'étang bout
durant la violente averse
truite et carpe cuites


Lequel est en laisse
de la maîtresse qui peine
à suivre ou du chien?


Mon voeu le plus cher
mourir les dents blanches pour
ne pas rire jaune


Nous partirons seuls
sans masque d'or ni canopes
un p'tit tour puis hop


La bûche se consume
comme feu Jeanne d'Arc
parfois, une plainte


Un jour tu seras
pour l'enfant l'épouvantail
qu'il faut embrasser


Dans ce champ de mars
où grisolle l'alouette
flambe un forsythia


Une Asiatique
robe noire et fesses rondes
n'a rien d'une blonde


Vierge de Czestochowa
noircie par les fumées
d'Auschwitz


Tu vas t'offrir une
jaunisse dans ce pré de
boutons d'or, cheval


Mon bonheur du jour
ce troglodyte mignon
qui chante à tue-tête


Il martèle avec
fureur, ce pic qui n'a même
pas trouvé un clou


Les jambes en l'air
la fille invoque
saint Antoine de Padoue


Ah bergeronnette
chaque fois tu m'éblouis
toi pleine de grâce


Le merle s'échappe
en criant comme un putois
deux poneys perplexes


Vous faites des photos?
non je vends des frites
répondis-je à l'enfant


Une femme passe
tel un bateau qui roule, être
son beau matelot


Qu'une feuille jaune
un jour puisse regagner
l'arbre et s'y tenir


Comme mon grand-père
marcher dans le pré chaussé
de sabots, le pied


Papillon blanc contre
pare-brise, tache
seule trace d'un passage


Chute de pétales
blancs temps qui fout le camp tic
tac quelle tactique


Sur la Sambre un chaland
pas si lent que ça
dit la mouette


Il fanfaronne
j'en ai fait hululer
sous la lune plus d'une


Une souris enserrée
par les crocs du matou
voyage à l'oeil


Les sapins du lac
offrent aux hérons
le gîte sans le couvert


Entends-tu le chant
sonore du troglodyte
mignon? quel stentor


Un merle pour son bec
jaune aime le soleil
la pluie pour ses vers


Ce bouleau qui rit
joue avec le vent d'est, du
Rimski-Korsakov


De l'églantier en
fleur un oiseau s'enfuit plus
odoriférant


Entre les cailloux
du chemin poinçonnés par
l'ondée je slalome


Les martinets fauchent
avec entrain dessinant
d'odorants andains


Soleil sur un tronc
la cigale lentement
grimpe le Ventoux


La lune se fait petite
mais accueillante la Meuse
tôt l'invite


N'ose me montrer
fondent sur moi les choucas
stukas endeuillés


Dans mon potager
ces radis oubliés ont
de chagrin grossi


T'entends le chant des
sauterelles papy? non?
sourd dingue mon vieux


Des bruits de baisers
c'est la grande Hortense en transe
sous un tisonnier


Dans notre chambre
aux rideaux entrouverts
une lune égarée luit


Plus vous vieillissez
plus vous vous baissez avec réticence
ci-gît


La chauve-souris
après avoir beaucoup bu
fait sa ronde, soûle


Des ronciers en fleur
camouflent révisionnistes
le ballast d'Auschwitz


Avec l'âge
on se replie un peu sur soi
tel un papillon


Bonjour jolie dame
qu'il est dans vos yeux bleus, doux
ce mois qu'on dit d'août


Beauté du mur qui
croule sous les capucines
besoin d'un maçon


L'oiseau rase les eaux
y apposant son paraphe
cris d'une foulque


Un chaud après-midi
d'août Laura promène
la langue de son chien


Deux papillons blancs
amoureux sous la tondeuse
quelques confettis


L'étalon qui te
rendait folle est devenu
ce vieux canasson


Le bouleau reçoit
chaque matin le pic qui
frappe avant d'entrer


Silence automnal
des bûches s'écroulent, saut
de carpe du chat


Vent, les feuilles dans
la cour de récré s'amusent
comme des moineaux


Le bouleau parti
plus de pic épeiche pour
l'ausculter souvent


Notre chat est sourd
comme un pot, trop de musique
durant sa jeunesse


Pluie, la corneille en
reconnaissance pour ne
point perdre patience


Une buse sur
le fil me tourne le dos
femme insatisfaite


Chez la jeune fille
qui passe tout se met bien
en place, la classe


Le cormoran vole
en frôlant l'eau de la Sambre
au grand dam des sandres


A petits pas sur
un sol gelé le facteur
va de boîte en boîte


Prunier
finement givré
deux tourterelles s'y jurent fidélité


Un homme de Trente
fête ses trente et un ans
sur son trente et un


Pas une âme
en ce jour froid d'hiver
Namur a mis son pull over


Un couple âgé
sort de table avec difficulté
prélude à l'immobilité


La fumée du toit
se perd dans la brume comme
je me perds en toi


A part le visage
de la femme aimée
rien n'égale un paysage


La fauvette à tête
noire mais aux idées claires
dit son bonheur d'être


Un merle poursuit
jusqu'aux buissons sa merlette
oh, le polisson


S'envole de la Sambre
un amoureux des sandres
le héron cendré


Le vieil arbre rabougri
faisant de sa vieillesse fi
fleurit


Vont sur le pavé
le long du chemin les pas
vains d'un sursitaire


Moi qui fus si fort
si rapide et si beau si!
spolié par le temps


(à suivre)


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