José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.
 
*** José Chanly ***
 
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Le petit monde merveilleux des haïku : AVRIL 2005
Haïku d'un mois d'avril
 
 
La Meuse à Givet
un poisson d'avril fut tôt
pêché ce matin
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Un papillon jaune
virevolte au-dessus des jonquilles
mimétisme
Au milieu du dos
un poisson blanc d'avril me
surnomme l'andouille
mais qui m'a si gentiment
défini? le petit-fils
Vont par deux
en ce premier du mois
des jeunes filles et leurs mecs
Chute d'un pétale
un peu de printemps s'en va
déclare Tou Fou
que le vent ne soit fort! il
offrirait déjà l'été
Il embrasse son amoureuse
sur la voie publique
passe la Meuse
 
 
A Hierges roule
un vélo à sonnette
surmonté d'une casquette
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Le choucas tel
le lion de Waterloo
sur une taupinière
La signature tremblée
de l'octogénaire
ivresse du temps
Les nuages comme
aux Thermopyles défilent
au-dessus de l'or
des jonquilles qui voisinent
avec de rouges tulipes
Deux enfants tout heureux
cachent pour leurs aïeuls
quelques oeufs de Pâques
Sur la branche un merle
tente de se reposer
malgré les bourrasques
d'un mois d'avril versatile
et funeste à Jean-Paul II
 
 
La ville apparaît
dans sa splendeur printanière
louanges d'oiseaux
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Un froid de canard
en ce 7 avril, coin-coin
me répondit-elle
Deux vieilles gens vont
lentement, si tu me trompes
un coup de bâton
Seigneur ayez pitié
de nous pécheurs, dites
pourquoi ces jérémiades?
A Gochenée
un chemin nous mène à l'aimée
naine aux gros nichons
La barrière cogne
contre le pignon, humeur
de notre maison
Du château fort sort
un ogre pansu, terreur
des villageois gras
 
 
Sur le chemin qui
mène au village suivant
s'élève un château
jaune sorti d'une histoire
noire de Charles Perrault
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Le vol d'un pie
qui pourrait être une grive
change de lunettes
Allée de corolles
toute blanche, le geai tance
la jolie mariée
crie à tue-tête en volant
tout sauf discret le bonhomme
Le village sous
la brume matinale
l'alouette frétille
Amas de plumes sous l'arbre
assassinat d'une tourterelle
turque
Des pétales volent
à la fenêtre et si ces...
étaient des flocons?
Village embrumé
ce matin, l'alouette
prend possession du ciel
 
 
Un vieux cimetière
près des cheminées de Chooz
l'atome et les tombes
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A Clermont a vécu
quelque temps tante Éloïse
elle en est morte
La Jaguar attend
son seigneur sans armure
pour le parcours de golf
Blanches sont les fleurs
des pruniers graciles, cris
vibrants du pivert
Dans le pré de tante
Paula prient quelques vicaires
pardon, des ficaires
Repu le poète
des spaghettis à la sauce
tomate et du vin
Il prend mon potager
pour cabinets d'aisance
ce chat à chasser
 
 
Petit Poucet face
au mastodonte on se prend
à faire une ronde
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Arrêt le long du ru
pour écouter ravi
le pipit des prés
Au pied du magnolia
si beau dimanche
pléthore de taches blanches
Sur l'arbre ce chant du soir
celui de la fauvette
à tête noire
Le vent d'est effeuille
un magnolia lettré, je
t'aime moi non plus
Sur le tronc deux piverts
agrippés me voient venir
envol et cris
Coin champêtre
sous les jeunes feuilles d'un bouleau
murmure de l'eau
 
 
Le cri matinal
du geai dans ce val
de Franière ensoleillé
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Petit-déjeuner
de la brume me parviennent
les cris du pivert
A Clermont a vécu
quelque temps tante Héloïse
elle en est morte
Massif ce château
mais que font là ces voitures
ces trois zigotos?
ils jurent avec l'ensemble
anachroniquement mis
On mange on se soigne
on lit la page nécrologique
on soupire
Corroy-le-Château
je lui demande le chemin
rue de l'église
A la fenêtre
une vieille femme et son chien
place de Balâtre
 
 
D'un côté l'église
du Pater et de l'autre un
parterre de fleurs
des pensées qui ressuscitent
chaque printemps après Pâques
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Drève du château
de Corroy, courroux d'un geai
quand je me pointai
Dans ce verger en
fleurs se pose un choucas tels
ceux peints par Breughel
Habemus papam
la fumée d'un blanc douteux
sort de la Sixtine
Prairie après l'averse
un curieux merle lui tire
les vers du nez
Un coup de blues face
à cette jaune façade
aux portes romanes
Soleil pyromane
pour ce sous-bois qui loge
un banc tout de guingois
 
 
Champ de colza dans
lequel croît une étrange et
fascinante fleur
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Le champ de colza
vire à l'or au grand bonheur
du jaune loriot
pour s'y faire oublier bien
entendu chère madame
Trois papillons
survolent les plants de pommes
de terre que j'enterre
La troisième décade
d'avril prône le jaune
couleur qui m'agrée
Tel Louis XIV
qui se prenait pour un dieu
je signe chanly
sans génie me souffle l'ange
gardien non sans pertinence
Exténué par
près de soixante-sept ans
d'ardeur, je m'assieds
Ce corbeau s'imprime
noir sur une page jaune
le champ de colza
 
 
Un bateau sur la Meuse
à Givet battant pavillon
hollandais
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Note unique et triste
du pouillot en ce jour gris
d'avril mai juin, frein
A défaut de pensées
profondes le propriétaire
offre ces fleurs
La tourterelle turque
m'incite à quitter le lit
debout, paillasse
Matin printanier
au loin brille ensoleillé
le champ de colza
Neige de pétales
en ce 27 avril 2005
rafale
Le colza se ternit
sous des nuages sombres
soleil en prison
La voisine aux longs
cheveux sort son mâtin, chien
qui ne me dit rien
elle est blonde et souriante
celle dont je ne sais rien
 
 
Grâce au miroir de l'eau
les arbres et façades existent
deux fois
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