José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.
 
*** José Chanly ***
 
|
Le petit monde merveilleux des haïku : AVRIL 2003
Haïku d'un mois d'avril
Sur l'arbre un poisson
chante alors que dans l'étang
nage l'oiseau bleu
 
 
La branche prolonge
une queue de tourterelle
ou d'ide d'avril
|
Le bleu du ciel est
mangé par les mites, trous
noirs à ravauder
Un héron s'envole
du frêne où il a pêché
le poisson d'avril
Une terre brune
à la Permeke digère
les pluies de la nuit
Il se pose sur
la route le canard sûr
de ses droits, je freine
A l'orée du bois
que surveille un geai criard
dort une anémone
 
 
Un jour moche comme
du temps des boches des heil
hitler hystériques
le pauvre enfant circoncis
étant sur-le-champ occis
|
Ce champ vallonné
tel un corps de femme croît
printanièrement
La belette crie
de surprise et d'effroi, j'en
ferais tout autant
si mon cher ange gardien
n'épiait pas tous mes dires
Le soleil regagne
sa coquille translucide
brume passagère
Un criaillement
ressuscite la figure
du duc de Bourgogne
de Philippe le Bon pardi
qui le vœu du faisan fit
Elle sort de terre
en colère, l'alouette
exportant son ire
Le ramier s'envole
à la façon d'un pigeon
curieux, n'est-ce pas?
ses ailes rayées de blanc
agitent vivement l'air
Près d'un pont en fer
jaunissent quelques ficaires
les rails sans trains rouillent
Je bois une bière
alors que l'on met en bière
beaucoup d'Irakiens
qui vivaient dans un domaine
entre le Tigre et l'Euphrate
 
 
je bois une bière
alors que l'on met en bière
femmes et enfants
que berçaient à tous les vents
les beaux palmiers de Bagdad
|
Deux perdrix s'envolent
à mes pieds sans cor, merci
sans cor mais à cri
Des eucalyptus
se reflètent dans le Tigre
flashs et feulements
la guerre crie crache explose
le sang ne coule pas rose
Un pinson chante à
Namur la Jolie en ce
mardi huit avril
il est quatorze heures trente
un vent frais sous le soleil
Une Asiatique
toussote, grippe atypique?
je plonge en apnée
Trois petits canards
à la suite d'un bateau
sont en balançoire
c'est gratuit, semble me dire
le plus coquin de la bande
Deux amoureux ne
sont plus qu'un dans cet abri
tige et sente humides
 
 
Les eaux de la Sambre
murmurent contre les rives
reflet d'un rayon
déformé par la mouvance
d'une vague et lente houle
|
Les quelques fleurs blanches
du prunier perdent de leur
éclat sous la neige
Des flocons recouvrent
les confettis de la fête
fumée à rebours
Je devine au loin
les rails du chemin de fer
défunt, nostalgie
Un corbeau consulte
son ADN puis croasse
la femme jacasse
Le dos au soleil
je lézarde en écoutant
le cri du faisan
Journée printanière
pour mésanges charbonnières
et pinsons, le vent
doux musarde sur la voie
des mouches autour de moi
Vulcain, tu t'envoles
puis te poses plusieurs fois
pour m'ouvrir la voie
Sous des fils de fer
barbelé les cardamines
s'agitent lilas
Un vanneau s'adonne
à l'acrobatie en noir
et blanc, cris marins
L'alouette fait
des trilles, deux points (n'ouvrez
pas les guillemets)
le soleil voilé de brume
et l'oiseau hélant la lune
Il se cogne contre
la fenêtre le bourdon
oeil au beurre noir
Le champ de colza
vire à l'or au grand bonheur
du trop jaune loriot
Face à la mosquée
un tank trône démasquant
les criants mensonges
des églises et des prêtres
condamnés à disparaître
Avec le soleil
qui s'installe tout fleurit
tout? ce qui est jeune
Ce soir un bourdon
bourdonne, un pou s'époumone
un homme déconne
Le pétale quitte
l'arbre et s'affale à mes pieds
blanc regret du temps
 
 
Dans un ciel radieux
le soleil se balade à
Sidi Bou Saïd
comme à Fosses-la-Ville en
ce lundi de Pâques bleu
|
Tout à fait curieux
cet étourneau solitaire
ça doit être un moine
Une vache en manque
d'eau mugit lugubrement
cours d'imitation
Hier nous parlions
gaîment autour d'une table
le vin déliant
les langues, nous déconnions
ce midi je soliloque
Exténué par
plus de soixante-quatre ans
d'ardeur, je m'assieds
Les frênes nus quand
il fait très froid se rhabillent
là, à contretemps
Une dame aux longs
cheveux sort son mâtin, chien
qui ne me dit rien
elle est blonde et souriante
celle dont je ne sais rien
Le cheval arrache
l'herbe en remuant la queue
envolée de mouches
Rhume et mal de dents
sont au menu, faut souffrir
pour devenir vieux
 
 
Le cerisier lance
de festifs confettis, sur
l'arbre le pinson
plus facile à héberger
qu'un troglodyte mignon
|
Une jeune fille
allume mes yeux gris bleu
pas la pauvre vieille
Dans le sous-bois j'ois
le chant des oiseaux en joie
j'ois au bois la joie
Retour à l'An 2003
 
Retour au Menu Principal