José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : AVRIL 2002

Haïku d'un mois d'avril


Le premier avril
au poisson dédié, deux
oiseaux agités
le geai lançant le djihad
et le pic filant tout vert

Qui près de moi va là?
le choucas qui si la
mime la polka


                     
Le sous-bois est enneigé
que d'anémones
allons y skier

Tout explose au printemps
les bourgeons, les fleurs
les bonbonnes de gaz

La bouteille bue
une chauve-souris
regagne son logis

Le bourdon se pose lourd
sur la primevère
qui plie, fille

Qu'elles sont belles
au soleil les branches
du bouleau, dit l'oiseau

Dans l'air, l'insecte
mime le colibri
l'homme lui l'être épris

Deux lapins du pré
sautillent jusqu'au bois
oh, l'or du pissenlit

Nos cerisiers et pruniers
blanchissent sous le harnais
japonais

Deux corbeaux agitent
leurs ailes, pariade
ou secouement des puces?

Le pouillot lance
sa sempiternelle note, "huit"
jamais "neuf"

Le ronron d'un avion
des pissenlits frissonnent
sous un vent d'est

Chez tante Paula
les ficaires à l'ombre
perdent leur éclat


                                           
Plus nombreux
les papillons zigzaguant
vantent l'effet du whisky

La barrière cogne
contre le pignon
humeur de la maison

J'aperçois mon ombre
sur un vélo, dos
voûté, tête chenue...

Soir enluminé
le pouillot s'évertue
à compter jusqu'à huit

Dans la prairie
les arbres fruitiers rayonnent
sieste des oies

Tous les printemps
le genêt jaunit, chez moi
l'âge blanchit les tifs
sans espoir de retour, snif!
Seigneur, puis-je être
une plante vivace?

Du cerisier des pétales
s'envolent, amis
que vent emporte

Étalement dans le ciel
de draps, ceux-ci
séchés par le soleil

La moustache change
de couleur au fil des ans
trépas en blanc

Le ciel vire au gris
le vent secoue une branche
risque de pluie

Dans la voiture
le pétale entré m'incite
à plus d'ouverture


                     
Les veines de la main
dessinent une carte
delta du Nil

Dans la pénombre
une ombre longiligne
longe un mur, le furet

Quelques pétales
volent à la fenêtre
des flocons peut-être

Elle a la démarche
d'un militaire
désir en quarantaine

Les vieux arbres
privés de corolles
n'offrent plus que du chablis

Un bec jaune s'envole
en remorquant des plumes noires
quelque merle

Chez le barbier
l'enfant, entre les deux coups
de ciseaux, vous sourit

Une chèvre aux cornes
redoutables broute autour
de son piquet

J'évite qu'un scarabée
ne soit spotchi
ma B.A. du jour
(spotchi "mot wallon" = écrasé)

Sur chaque tombe
ces mots, propriété privée
de réclames


                     
Le soleil éclôt
jaune fleur parmi les fleurs
blanches des pruniers

Cette nuit le ciel
a daigné secouer
son petit arrosoir

Sur le sol mouillé
subsistent des confettis
comme ils ont l'air triste

Mes soixante-trois piges
ne transigent
plus de protocole
ni d'école
j'attends avec courage
de l'âge les outrages

Il fait froid
ressasse la tourterelle
sous un ciel gris souris

Entre les fleurs
du vieux cerisier passent
des gouttes parfumées

Près du camp d'Auschwitz
une statue de la Vierge
anachronique


                     
L'humour, la seule
défense face au néant
heureux éléphants

Au crépuscule
les anémones s'éteignent
dans les sous-bois

Bec ensoleillé
le merle avale un ver
en faisant des manières

Dans une limousine
un homme aux cheveux blancs
joue à qui perd gagne


                     
Cachée par les fleurs
d'un cerisier
l'église moyenâgeuse

Beauté du vanneau
qui prend son essor
en n'oubliant pas la huppe

Des merles sifflent
les chauves-souris se baladent
demi-lune

Dans l'air saturé
d'avril voyage le pollen
éternuement

Dans un pré couvert
de cardamines
mimétisme du héron

Une pie
escalade le prunier
jusqu'à la cime enneigée


                     
Dans le rétroviseur
j'aperçois le visage
de feu mon père

L'oiseau noir et blanc
construit un nid avec son amie
oeuvre pie

Trois hélicoptères
au-dessus d'arbres feuillus
et de rizières

Les jaunes de la renoncule
et du colza prévalent
coucou!

En ce beau soir d'avril
un ballet de tondeuses
demain, la pluie

Des taches de couleur au sol
le peintre a très mal œuvré
pétales

Sur mon battle-dress
la petite musique de nuit
non, de pluie

Le corbeau s'incruste
dans un champ de colza
fugace Van Gogh

Sur le fil
les chemises se gonflent
en manque de chair, de vent

J'entends mais ne vois
le vanneau, Jeanne d'Arc
dans un monde d'oiseaux

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