José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : AVRIL 2001

Avril 2001, au fil des jours...



Le corbeau joue au lion
de Waterloo
sur une taupinière

A la voix rauque du faisan
répond le fusil
un chien questionne

Un feu de broussailles
l'alouette assaille
un ciel qui n'en peut mais

Le saule pleureur
m'envoie chez Breughel
au bord d'un étang gelé

Il pleut, les buissons
non feuillus offrent
peu d'abri suis tout mouillé

Un couillon tire
qu'il ne me prenne pour gibier
faisandé, non!

Signature tremblée
de l'octogénaire
ivresse du temps

Traces de pneus humides
comme la sente
de la passagère

Hautes et closes
les ficaires font triste
mine ce matin

Des cardamines des prés
occupent la prairie
où coule un ru


                     
Le vieux cerisier craquelé
comme un alligator
est en fleur

L'oiseau émet un cri
mouillé de pluie
murmure du toit d'ardoises

Dans l'eau frissonnante
un pan de ciel, des barbelés
le camp d'Auschwitz

L'épeichette est en quête
de vermisseaux
sur le tronc d'un bouleau

Dans l'herbe humide
les merles fêtent le lundi
de Pâques en vers

Des hérons frigorifiés
sous la pluie rêvent
de chaudes luronnes

Quelqu'un siffle
je me retourne étonné
c'est le merle d'avril

L'araignée et son ombre
traversent le chemin
l'être et l'esprit

L'alouette grésille
l'ange du ciel
la saupoudre de sel

De sombres nuages
des pans de ciel bleus
le grésil, c'est avril

La perdrix piète, décolle
tel l'hydravion
il pleut tellement!

On mange, on se soigne
on lit la nécrologie
on s'accroche aux branches

Une alouette convie
le crépuscule
à des messes noires

Le silence du soir
l'alouette n'en a cure
merle itou

Un orvet aplati
comme la chambre à air
d'un pneu crevé gît

L'église, limace à l'arrêt
dressant une corne
carillonne

Du pré, bouquet
de cardamines
l'arbre délivre des pétales

Allée de cerisiers
en fleur à Namur
rêve de bonheur

Un champ de colza
secoué par le vent
rit jaune sans soleil

Gustave Klimt honore
dans ce bois de bouleaux
sa muse rousse

Le soir, une anémone
renferme en elle
une part de la nuit

La nuit tombe
les nuages vont changer
de couleur, non d'effet


                               
L'homme tant loué
très comme il faut si populaire
est trépassé

Encore des larmes
sur la moustiquaire
ciel inconsolable

L'hirondelle? nenni
l'absence de blanc
livre le martinet

Le pivert fuse escalade
un tronc l'ausculte
bon pour le service

Des mouches font ronron
sur le béton
y gisent quelques pétales

Le soleil s'amourache
du champ de colza
qui le lui rend bien

Sur la lente Sambre
vogue un paquet
de cigarettes absentes

Tic tac redit l'horloge
la lampe éclaire
une page imprimée

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