José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.
 
*** José Chanly ***
 
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Le petit monde merveilleux des haïku : AOUT 2006
Haïku d'un mois d'août
 
 
Le tableau d'un peintre
trop méconnu mort au trou
pas malotru, fou
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Le mois d'août s'amène
à pas pluvieux, dans les champs
quelques parapluies
L'un des choucas me dit
en catimini
veni vidi vici
Combien vaut la note
ronde demandait le prof
deux noires je crois
c'est faux, deux blanches ou quatre
noires sans être raciste
Pas d'enterrement
pour l'épouvantail couché
par le vent, deux pies
Dix heures du soir
une chauve-souris peint
sa dernière ronde
Un homme aviné
des noces de Cana rentre
cahin-caha boum!
on recense tous ces morts
qui s'ajoutent à tant d'autres
 
 
Trouble de la vue
il faudra que je songe à
chausser des lunettes
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Cri strident d'un pic-
vert traversant le verger
oiseaux apeurés
Sieste d'un village
entre deux orages
le choucas sèche au soleil
Cri strident du pic-
vert traversant le verger
de tante Paula
ce merle apeuré, tel arbre
appelle un psy pour ses feuilles
Suis encore jeune
pour de jolies choses chère
madame aïe l'arthrose
Qui l'eût cru
qu'il aurait crû si vite
ce Lustucru, l'eusses-tu cru?
 
 
Matinée brumeuse
en août, l'alouette met
en demeure l'astre
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Matinée de brume
en août, l'alouette met
en demeure l'astre
un grand merci, Théophile
pour le prêt de ta maison
La rue Fumal, deux
Namurois promènent leurs
pensées amoureuses
Grand bonjour
d'un monsieur que je retrouve
sur la liste électorale
Déluge ce matin
tout comme Noé
je cherche quelques planches
La rue Fumal, deux
Namurois promènent leurs
pensées amoureuses
vont-ils s'arrêter là pour
concrétiser leur désir?
 
 
Ils ont trouvé sous
un parapluie ce petit
coin de paradis
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Oh! le grand bonjour
quelle mouche l'a piqué?
le lendemain je
lis son nom dans le journal
sur la liste électorale
Grand-Place de Bruxelles
au mois d'août
toutes les langues de Babel
Sur le chemin
la trace d'un sabot
don Quichotte de la Manche
Écoute chérie
la poésie d'une cloche
je t'entends, mon chou
La lune de forme
ovale luit dans la nuit
où court un nuage
ne cache-t-il à l'enfant
sage ce bel oeuf de Pâques?
 
 
Au premier étage
devisent quelques otages
voyez ces barreaux
ils y furent enfermés
sur ordre du roy d'Espagne
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Toute la nuit
des vaches ont beuglé de faim
ou de soif, en vain
Le choucas picore
à droite ou à gauche encore
et encor m'offrant
le ton de Verhaeren en
son moulin qui tourne et tourne
Au-dessus d'un champ
la buse fait l'ange pour
attraper la bête
Sur le sentier la
plume noire d'un choucas
ou d'une corneille
ou du corbeau freux fichée
dans le sol, signe de mort?
Le héron au long
bec emmanché d'un long cou
abrège! s'envole
La jeune épeichette
recueillie puis relâchée
escalade un tronc
non sans m'avoir gratifié
de deux ou trois coups de bec
 
 
La solitude
ça n'existe pas quand
tu es jeune riche et beau
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Quelques cris de grues
prenant la direction du
sud, serait-ce un signe?
Crâne brillant comme
la coquille d'oeuf, évitons
Christophe Colomb
Pendue à mon cou
la jeune épeichette telle
une pince à linge
ne suis pas une chemise
dis-je ni cette chaussette!
Sambre, à deux pas de ma naissance
nagent en toute innocence
des sandres
Comme pour narguer
l'été ces deux feuilles jaunes
au pied d'un noyer
 
 
Bateaux amarrés
à Jambes le long du quai
tout va bien? O.K.
certains battant pavillon
belge d'autres hollandais
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La vie se conjugue
au présent comme une belle
femme aux formes fermes
pourquoi la vieillir d'autant
d'années? jouis de sa vue
Sur la Sambre un lourd
chaland si lent face au vol
de trois cormorans
Le cercueil est une
poubelle affirme cet homme
malgré l'eau bénite
tu es bien trop cruel dis-je
c'est une boîte à surprises
Dans le pré des cous
tout tendus quelques hérons
cendrés, l'un s'envole
Quand les choucas fondent
sur moi je revois le film
les oiseaux d'Hitchcock
attaque et cris terrifiants
eux se posent gentiment
 
 
Pluie pluie pluie tout comme
Noé j'assemble des planches
où sont mes choucas?
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Toujours à la même
fenêtre le chat de notre
voisin, Bouddha blanc
Pourquoi chantonné-je
quand les choucas perchent sur
moi? dites-le-moi
Ces chardons aux fleurs
en forme de pavots chantent
certains paradis
ne me vois-je arabisé
assis avec une pipe!
Venant du côté
du vent la bête ne me
sent à un empan!
es-tu sûr qu'il n'était pas
aveugle ton lapin blanc?
Que de pluies en août
nos deux choucas n'ont jamais
été aussi propres
Bois du Cazier
Sous une pluie d'août
en harmonie avec ce drame
(Tutti cadaveri! - cri d'un sauveteur italien en août 1956 : 262 mineurs périrent.)
 
 
Derrière une grille
la locomotive attend
des retardataires
deux cent soixante-deux hommes
que le travail a tués
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LE CHEMIN DE L'EXODE
Le soleil réchauffe
de vieux os qui couraient en
quarante, plus jeunes
les poursuivants dans la force
de l'âge étaient allemands
Nous eûmes si peur
des avions sur le chemin
de l'exode que
je faillis plonger tout nu
dans la Méditerranée
Je revins en août
après deux mois de vacances
en parfait ingrat
pas une carte postale
pour mes aïeuls impatients
Il faut ajouter
pour ma défense que je
fêtai mes deux ans
sans grand décorum en terre
étrangère, dans l'Hérault
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Soixante ans plus tard
ces stukas aux cris stridents
s'en prennent encore
à ce pauvre tanka mort
de peur sous l'épicéa
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Je dors comme un mort
les mains jointes, dénouons
vite ces doigts-là
pour les deux raisons majeures
que voici, ni foi ni froid
José ou Noé
sais plus par les temps qui courent
notre arche amarrée
Clapotis
notre choucas prend son bain
puis il s'essore sur moi
Hirondelle et non
martinet dans les airs grâce
à ses taches blanches
elle paraphe un beau ciel
d'août malgré les prévisions
Tout collectionné
une longue vie
une longue maladie
Cris des choucas, cloches
rassemblant tous les fidèles
bruits dominicaux
 
 
Soirée pour un peintre
ce ciel d'août nous offre toutes
sortes de couleurs
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Ces grasses limaces
qui sur les trottoirs mouillés
se prélassent lassent
Comme ces anciens
rails couverts de ronces, nos
poèmes seront
par les années enrobés
d'un mélancolique oubli
Lentement deux buses
dessinent sur un ciel bleu
des ronds couleur d'ailes
La limace arbore
sa tenue rouge malgré
Staline et Mao
pourquoi tout ramener à
ces deux-là nous répond-elle
On dort sous le même
drap puis dans des lits jumeaux
prélude aux deux bières
bois pour noyer ton chagrin
la vie ne finissant bien
Un ciel bleu, cri d'une corneille
des fleurs jaunes
dodelinent du chef
 
 
La vie au village
des poules picorent sous
une fumée grise
quelques cabots se répondent
du côté des éoliennes
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Sur l'arbre du bien
et du mal des poires non
des coings gare aux dents
Depuis trois jours l'un
des choucas ne revient plus
qu'est-il devenu?
j'ai beau espérer le soir
le voir, ferait-il trop noir?
Vingt marches à gravir
chaque soir, jamais
une vingt et unième
 
 
L'AUTOPORTRAIT
Comme un peintre
désireux de se portraiturer
j'ai regardé le miroir
et comme un fait exprès
je m'y trouvais
A défaut de grives
j'étais un merle
à la grise
mine et qui ne me plaisait guère
Un visage d'ascète
avec des yeux
englués dans de la chiffe molle
( Pitié
ne me démolis pas!
- Tais-toi
je cause)
Des rides pour tous les goûts
dans toutes les directions
champ labouré
par un être en état
d'ébriété
le nez
frère jumeau de l'étrave
narguant vents et marées
un nez belge quoi
surplombant
des...
bajoues!
Horreur! j'engraisse
comme un porc destiné à l'abattoir
malgré cet air mi-figue
mi-raisin
maladif?
(Ne couverais-tu pas
par hasard
une petite saloperie?
- Pitié!)
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Que d'eau en août il
n'arrête pas de pleuvoir
pluie pluie et puis? pluie
Le bruit de l'horloge
le frémissement des feuilles
un dimanche soir
celui du 27 août deux
mille six à 19 heures
Grâce à ces lunettes
j'ai l'air intelligent si!
il était grand temps
L'eau douce a la chair de poule
pêcheurs et poissons ouvrent
leurs parapluies
Il pleut dans mon coeur
comme il pleut sur la remise
toit de mon choucas
qui traîne je ne sais où
saint Antoine de Padoue!
Quel temps pour les pêcheurs!
même les poissons arborent
un parapluie
 
 
Ce bras de Sambre a
la chair de poule, pêchons
sous un parapluie
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