José CHANLY - Le petit monde merveilleux des haïku.

  *** José Chanly ***  

Le petit monde merveilleux des haïku : AOUT 2005

Haïku d'un mois d'août



               
Longue attente à Zaventem
des poissons-pilotes
reflets de la nuit

Ciel gris mon Dieu vous
nous avez abandonnés
trop de pluies de larmes
pas assez de rayons pour
nos futurs corps refroidis

Les gens s'en vont au
soleil et reviennent las
des retours trop lents

J'écoute mon pote
Charles Baudelaire, vous
ne le connaissez?
l'homme ivre d'une ombre qui
passe porte un châtiment

Sommes assaillis
d'images érotiques
tac pour quelle tactique?

Le cri du pivert
poursuivant sa belle
en vue d'un septième ciel

Oyez bonnes gens
les corbeaux de Zagreb ne
croatent, croassent


               
Salut papy
aussi bon que le vin
car tu prends de la bouteille

Pas facile
la solitude à Blankerberge
certains soirs de l'été

Anonyme dans la foule
parmi les anonymes
humilité

Sur la mer
quelques navires immobiles
avancent paraît-il

Damme fouettée
par un vent du nord
baragouinant le flamand

Polders polders
le paradis des cyclistes
existe, je l'ai vu


               
Dame à vélo le
long du canal de Damme où
le moulin se mire

Chaque soir les fleurs
du lotier corniculé
combattent la nuit

Moulin d'Oostkerke aux
ailes sombres sur corps blanc
voles-tu parfois?

La limace surprise
par un soleil matinal
en vain supplie

Un ciel océanique
peuplé de banquises
vogue le Titanic

Je veux être un mec
à plein temps un mâle
à 100 % mon chéri

Cinq heures du mat'
pipi, saint Pierre entendrait
ce coq d'un voisin


               
Une vue de Delft?
de Sluis sans Vermeer, à preuve
les anachronismes

Touriste hésitant
un papillon blanc survole
en tous sens mon sol

Des nuages gris
s'interrogent, qu'allons-nous
encore arroser?
la France m'entends-je dire
elle pleure après la pluie

La limace égarée
supplie le ciel vainement
séchée sera

Ciel gris souris
grignotant le fromage
de l'abbaye, sacrilège

Tondant ce matin
j'ai sauvé des campanules
à mes yeux non nulles

Ligny 1815
dernier succès de Napoléon
enfin


               
Lumière dans les ténèbres
ne descendrais-je
comme chacun du singe?

Des geais dans l'allée
fuient en me voyant
ailes et cris, quel boucan

Le soleil réchauffe
une peau de 67 carats
rapport au trépas

Si moche
que je m'enfuis à Damme
auprès de mon copain le moulin

Soudain le déluge
plus d'arche ni de croyance
en la sainte Bible

Le vent celui de novembre
nous rend faute de goût
visite en août

Le coq a chanté
ce matin comme chez Luc
chapitre 22
vous fais grâce du verset
et de Pierre aux pleurs amers


               
Le sourire énigmatique
de la dame sous l'horloge
tic tac tic...

Tout frémit d'allégresse
sous un vent doux d'août
chants ensoleillés

Tout frémit de joie
disais-je à l'instant mais sous
un doux vent d'août d'où?
de Mons évidemment me
répond l'homme qui sait tout

Mots à ne point dire
même si l'on perd
une occasion de parler

Voyage à Maastricht
un beau jour d'été, la Meuse
coule tout heureuse
les hauts vélos par centaines
sillonnent ponts et artères

Sous son chapeau l'homme
lit l'histoire du château
oh, ombres chinoises
vous êtes la poésie
de ces lieux morts à jamais

Maastricht aux vélos
protégés des voleurs par
les mouettes, chouette


               
Des enfants dont un ange
jouent à deux pas de vieux
murs, très sérieux

A Aix-la-Chapelle
des gens si paisibles, où
sont ces régiments
ces panzers ces heil Hitler
ces files de condamnés?

L'écureuil court vers
le noisetier, l'escalade
s'empare de fruits

Soir, je grimpe les vingt marches
qui mènent à ma chambre
jusques à quand?

L'urne, son fantôme
viendra sans doute moins vite
tourmenter les gens

Dans une valise
ses mains faisaient la causette
peur de la saisir
d'entendre la voyageuse
m'intimer l'ordre d'ouvrir

Il pleut pleut le coq
semble dire encore encore
lui qui n'est d'Angkor

Je fixais la photo
de Jean qui vient de mourir
et alors? rien

Jean Henaux (1928-2005)


               
Nous nous sommes promenés
à Aix-la-Chapelle
des jeunes chantaient

Dans des maisons closes
hi hi vivent nos voisins
ouvrons la fenêtre

L'évolution l'on
jouait avec des cerceaux
lors l'ordinateur

Un mois d'août épris
de nuages et déjà
repassent les grues

Dans le potager
les tomates pourrissent
rares les papillons

Enfants sous le charme
de la Vierge Marie? non
des jeux vidéo


               
Enfants sous le charme
de la Vierge Marie? non
nulle apparition
ni Lourdes ni Beauraing mais
l'attrait des jeux vidéo

Chapelle gothique
indique-t-on sur la plaque
qu'en est-il tic tac
d'une érotique? me souffle
un diable diabétique

Alors que les gens
vont et viennent à Gourdinne
Sherlock en sourdine
prend photo sur photo car
a cessé de battre un coeur

UN ART DE VIVRE

se lever
du pied droit
sans l'aide du réveille-matin
déjeuner
l'esprit délesté de tout souci
descendre en ville
cueillir à l'étalage
le journal fruit gracile
regagner
le domicile conjugal
sous le soleil d'août d'où?
d'ici
parcourir les nouvelles
préparer la terre
afin d'y repiquer deux cents poireaux
d'hiver...
se remémorer la fable
de La Fontaine
- vous dansiez?
j'en suis fort aise...
surveiller les reines-claudes
qui rougissent de plaisir
boire un petit verre
de vin blanc
que l'on fiance à du cassis
fumer sa pipe
en écoutant de la musique
caresser le chien
bon comme le pain
sourire à son épouse
loin des cénacles
et du qu'en-dira-t-on
n'est-ce point la meilleure part
des choses?

L'avant-dernier soir
d'août va s'estompant, venue
des chauves-souris

Rue de la java
était-elle bleue
du temps de Fréhel?


               
Le mois d'août quoique
mangé par le temps sourit
à septembre, cri
d'une foulque à tête blanche
en ce paisible dimanche


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